(La Nouvelle République)-L’idée d’une intégration économique africaine ne date pas d’aujourd’hui. Depuis les indépendances des années 1960, plusieurs dirigeants africains rêvaient déjà d’une Afrique unie économiquement et capable de réduire sa dépendance vis-à-vis des puissances étrangères. Cette ambition a progressivement conduit à la création de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), aujourd’hui considérée comme l’un des projets économiques les plus importants du continent.
Les premières bases de cette vision apparaissent en 1963 avec la création de l’Organisation de l’unité africaine, devenue plus tard l’Union africaine. Les chefs d’État africains souhaitent alors renforcer la solidarité politique et économique entre les pays du continent. Cependant, les économies africaines restent longtemps tournées vers l’Europe, l’Asie ou l’Amérique plutôt que vers les échanges intra-africains.
Dans les années 1980 et 1990, plusieurs communautés économiques régionales voient le jour afin de faciliter le commerce entre pays voisins. Parmi elles figurent la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ou encore le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA). Ces organisations constituent les premières étapes vers une future intégration économique continentale.
Un tournant majeur intervient en 1991 avec la signature du traité d’Abuja au Nigeria. Cet accord prévoit la création progressive d’une communauté économique africaine à travers plusieurs étapes, dont l’établissement futur d’un marché commun africain. Le traité est souvent considéré comme l’un des fondements juridiques de la future ZLECAf.
En 2012, lors d’un sommet de l’Union africaine, les dirigeants africains décident officiellement de lancer les négociations pour créer une zone de libre-échange continentale. L’objectif est de stimuler le commerce intra-africain, jugé trop faible malgré les importantes ressources du continent.
Après plusieurs années de discussions, l’accord portant création de la ZLECAf est signé le 21 mars 2018 à Kigali, au Rwanda, lors d’un sommet extraordinaire de l’Union africaine. La majorité des États africains adhèrent immédiatement au projet, présenté comme une étape historique pour le panafricanisme économique.
L’accord entre officiellement en vigueur le 30 mai 2019 après avoir atteint le nombre minimum de ratifications nécessaires. Quelques mois plus tard, en juillet 2019, les chefs d’État africains lancent officiellement la phase opérationnelle de la ZLECAf lors d’un sommet organisé à Niamey, au Niger.
Le 1er janvier 2021 marque enfin le début des échanges commerciaux dans le cadre de la ZLECAf. Cette date symbolise le passage du projet politique à la mise en œuvre concrète du plus vaste espace de libre-échange du continent africain.
Aujourd’hui, la ZLECAf représente l’espoir d’une Afrique économiquement plus intégrée, capable de renforcer les échanges entre ses États et de construire un marché continental unifié.
Gabriel BLIVI
