Au-delà de son impact sur les finances publiques, la corruption freine le développement économique, affaiblit les services publics et nuit au climat des affaires. Les organisations internationales rappellent qu’elle compromet également la réalisation des Objectifs de développement durable en détournant des ressources qui pourraient être consacrées à l’éducation, à la santé ou aux infrastructures.
À ce sujet, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, rappelle que « la corruption n’est pas un crime sans victime », soulignant que chaque ressource détournée prive les populations d’investissements essentiels au développement.
Des institutions et des réformes renforcées
Au Togo, le dispositif de lutte contre la corruption repose sur plusieurs institutions. La Haute Autorité de Prévention et de Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées (HAPLUCIA) joue un rôle central dans la prévention, la sensibilisation, la réception des dénonciations et la promotion de l’intégrité. Elle agit aux côtés d’autres structures telles que la Cour des comptes, la CENTIF, l’Inspection générale des finances, l’Office togolais des recettes (OTR), l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP) et les juridictions compétentes.
À l’occasion de la 22ᵉ Journée internationale de lutte contre la corruption, le président de la HAPLUCIA, Kimélabalou Aba, a rappelé que cette journée vise à « stimuler un engagement durable et multisectoriel afin de prévenir, détecter et combattre la corruption, promouvoir l’intégrité, la transparence, la bonne gouvernance et renforcer la participation citoyenne ». Pour lui, la lutte contre la corruption ne peut être efficace que si elle mobilise l’État, le secteur privé, la société civile, les médias et les citoyens.
Parallèlement, plusieurs réformes ont été engagées afin de réduire les risques de corruption. La digitalisation progressive des services administratifs, la dématérialisation de nombreuses procédures, la modernisation des systèmes fiscaux et douaniers ainsi que le renforcement du cadre des marchés publics visent à améliorer la traçabilité des opérations et à limiter les possibilités de fraude.
Des progrès, mais des défis persistants
L’évaluation de la corruption demeure un exercice complexe. L’un des principaux outils de référence est l’Indice de perception de la corruption (IPC) publié chaque année par Transparency International. Cet indice ne mesure pas le nombre d’affaires de corruption enregistrées, mais la perception qu’ont des experts et des acteurs économiques du niveau de corruption dans le secteur public.
Dans son édition 2025, Transparency International attribue au Togo un score de 32 points sur 100, le classant 120ᵉ sur 182 pays et territoires évalués. Le pays conserve ainsi le même score que l’année précédente, ce qui traduit une perception globalement stable de la situation.
L’organisation précise toutefois que cet indice ne permet pas, à lui seul, d’évaluer l’efficacité des politiques publiques. Il doit être analysé en tenant compte d’autres facteurs, notamment l’application des lois, le fonctionnement des institutions de contrôle, les réformes engagées et le niveau de transparence dans la gestion publique.
À l’occasion de la 10ᵉ Journée africaine de lutte contre la corruption, célébrée en juillet 2026, Kimélabalou Aba a rappelé qu’« aucune nation ne peut aspirer à un développement durable lorsque l’intégrité recule devant la corruption ». Selon lui, les réformes engagées doivent s’accompagner d’un changement durable des comportements et d’un engagement collectif en faveur de l’éthique publique.
La prévention au cœur de la stratégie
Pour les spécialistes de la gouvernance, la répression ne peut, à elle seule, endiguer la corruption. La prévention, la sensibilisation et l’éducation constituent des leviers tout aussi importants pour promouvoir une culture de l’intégrité.
C’est dans cette logique que la HAPLUCIA multiplie les campagnes de sensibilisation, les formations destinées aux administrations publiques et au secteur privé, ainsi que les initiatives visant à intégrer l’éducation à la lutte contre la corruption dans les curricula de formation. L’objectif est d’ancrer, dès le plus jeune âge, les valeurs de responsabilité, de probité et de transparence.
Lors d’un atelier organisé avec la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), Kimélabalou Aba a souligné qu’« il est essentiel que chaque institution s’approprie les outils de lutte contre la corruption pour bâtir ensemble une culture d’intégrité, de transparence et de responsabilité dans l’administration publique ».
Les médias ont également un rôle majeur à jouer. En enquêtant sur les faits d’intérêt public, en vérifiant les informations et en favorisant le débat citoyen, ils contribuent à renforcer la redevabilité des institutions et la transparence de la gestion publique.
Si les réformes engagées témoignent d’une volonté de renforcer la gouvernance, les défis demeurent importants. La poursuite des efforts, l’application effective des textes, le renforcement des mécanismes de contrôle et l’implication de l’ensemble des acteurs restent des conditions essentielles pour faire reculer durablement la corruption et consolider la confiance des citoyens dans les institutions.
Journaliste de formation, il s’intéresse particulièrement à l’actualité politique, économique et sociale, ainsi qu’aux enjeux de gouvernance, de développement et de changement climatique au Togo et en Afrique.
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