(La Nouvelle République)-La fièvre de l’or gagne plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. De la Guinée au Ghana, en passant par la Côte d’Ivoire, le Mali et le Sénégal, l’exploitation clandestine des ressources aurifères suscite de vives préoccupations. Derrière les activités des orpailleurs se dessinent des enjeux économiques, sociaux, environnementaux et sécuritaires qui dépassent désormais les frontières nationales.
La dimension du phénomène apparaît à travers les opérations menées par les États. En Côte d’Ivoire, plus de 8 500 sites d’orpaillage illégal ont été démantelés entre 2021 et 2026. Les autorités font également état de 4 474 personnes interpellées, de plus de 960 millions de FCFA saisis et d’environ 136 kg d’or récupérés. Ces données illustrent l’importance d’une activité qui échappe en partie au contrôle de l’État.
Une richesse qui divise
Au Sénégal, la région de Kédougou est particulièrement concernée. Une estimation du service régional des Mines évoque jusqu’à 250 milliards de FCFA de pertes annuelles pour l’État en raison de la commercialisation non déclarée de l’or. En Guinée, la situation est également tendue. À Siguiri, 139 agents du ministère de l’Environnement ont été suspendus en juin 2026 dans le contexte de la lutte contre l’exploitation clandestine.
À ces pertes économiques s’ajoutent les conséquences humaines et environnementales. Les sites clandestins sont souvent exploités dans des conditions dangereuses, tandis que le recours à certains produits chimiques menace les sols et les cours d’eau. Au Sénégal, des opérations ont notamment permis de saisir 677 kg de cyanure, 722 kg d’explosifs, 420 litres de gasoil et 4,85 kg de mercure, révélant l’importance des moyens mobilisés autour de certaines exploitations illégales.
Quelles solutions?
Face à cette situation, les gouvernements ouest-africains renforcent les contrôles et cherchent à démanteler non seulement les sites clandestins, mais aussi les réseaux qui alimentent cette économie parallèle. Pourtant, la répression ne saurait constituer l’unique réponse. Tant que des milliers de jeunes verront dans l’orpaillage une source rapide de revenus, la lutte devra être accompagnée par la formalisation de l’exploitation artisanale, la protection des ressources naturelles et la création de véritables alternatives économiques. La richesse aurifère pourrait alors devenir un levier de développement plutôt qu’un facteur permanent de tensions dans la sous-région.
En somme, l’orpaillage clandestin apparaît aujourd’hui comme un défi régional qui exige une réponse concertée. Entre lutte contre les réseaux illégaux, protection de l’environnement, contrôle des frontières et création d’emplois, les États ouest-africains doivent agir sur plusieurs fronts. Car derrière la ruée vers l’or se joue aussi une bataille pour la maîtrise des richesses et l’avenir des populations.
Gabriel BLIVI
