(La Nouvelle République) – À Notsè, l’histoire ne se découvre pas uniquement dans les récits des anciens. Elle se lit aussi dans les fragments de terre qui subsistent de l’enceinte d’Agbogbo. Ces vestiges rappellent le passé d’une cité qui occupe une place centrale dans la mémoire du peuple éwé et dont l’histoire continue de nourrir les traditions culturelles du Togo.
Les vestiges d’une ancienne cité
Fondée, selon les récits historiques, par des populations venues de Tado, Notsè s’est développée au fil des siècles pour devenir un centre important de la civilisation éwé. La cité est particulièrement associée au règne du roi Agokoli Ier, auquel la tradition attribue la construction de la grande muraille d’Agbogbo, destinée à délimiter et à protéger l’espace occupé par les habitants.
Édifiée en terre, cette enceinte s’étendait sur un vaste territoire comprenant des zones habitées et des espaces cultivés. Les recherches archéologiques ont également identifié une enceinte plus ancienne, appelée Agbogbovi, associée à l’espace des palais royaux. Ces découvertes montrent que l’organisation de l’ancienne Notsè était plus complexe qu’un simple rempart autour d’une ville.
Aujourd’hui, le temps et l’érosion ont effacé une partie importante de ces structures. Les fragments encore visibles conservent néanmoins une valeur historique et archéologique, car ils permettent de mieux comprendre l’aménagement de cette ancienne cité.
Agokoli et la mémoire des migrations
La muraille d’Agbogbo est aussi au cœur d’un récit fondateur : celui du départ de groupes éwé de Notsè. Selon la tradition orale, les tensions liées au règne d’Agokoli et aux conditions imposées aux habitants auraient provoqué leur fuite hors de la cité.
Les récits évoquent une sortie à travers une brèche pratiquée dans l’enceinte. Les groupes partis de Notsè se seraient ensuite dispersés vers différentes régions du sud du Togo et du sud-est du Ghana. Ces migrations sont associées à la formation de plusieurs communautés éwé actuelles.
Les circonstances précises de cet épisode varient selon les traditions. Il convient donc de distinguer les récits transmis au fil des générations des éléments que les recherches historiques et archéologiques permettent d’établir. Mais au-delà de ces différences, l’histoire de Notsè demeure un repère majeur dans la mémoire collective éwé.
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Agbogbozan, une mémoire toujours vivante
Cette histoire ne demeure pas enfermée dans le passé. Chaque année, la fête traditionnelle Agbogbozan rassemble à Notsè des membres de la communauté éwé venus du Togo et de la diaspora. La célébration permet de raviver le souvenir des migrations, de transmettre les traditions et de renforcer les liens entre les communautés.
La muraille donne ainsi à la ville une dimension particulière : elle est à la fois un vestige matériel et un symbole culturel. Sa valeur ne se limite pas aux parties encore visibles, mais tient aussi à la place qu’elle conserve dans les récits, les cérémonies et la conscience des origines.
Un patrimoine à transmettre
Pour les visiteurs, Notsè propose une découverte qui associe histoire, archéologie et traditions vivantes. La muraille d’Agbogbo, les lieux de mémoire de la ville et la célébration d’Agbogbozan offrent plusieurs façons d’approcher ce patrimoine. La présentation de Notsè par Togo Tourisme met également en évidence la place de la cité dans l’histoire du peuple éwé.
La conservation des vestiges reste essentielle. Leur protection, la documentation des traces encore présentes et la transmission des connaissances historiques peuvent aider les jeunes générations à mieux comprendre cette page de l’histoire togolaise.
À Notsè, quelques fragments de terre suffisent ainsi à rappeler l’histoire d’une cité dont l’héritage dépasse les limites de ses anciens remparts. Agbogbo demeure l’un des symboles de la mémoire éwé, porté à la fois par le patrimoine archéologique et par les traditions qui continuent de le faire vivre.
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