(La Nouvelle République)-Longtemps associé aux opérations fermes de libération des voies publiques, Kossi Agbenyega Aboka voit aujourd’hui cette exigence portée à l’échelle du Grand Lomé. La mobilisation actuelle invite à reconsidérer un combat ancien. Celui de la préservation des espaces indispensables à une ville mieux organisée.
Les trottoirs doivent permettre aux piétons de circuler. Les emprises routières doivent rester disponibles pour les usages et les aménagements auxquels elles sont destinées. Cette exigence, au cœur du désencombrement engagé dans le Grand Lomé ces derniers jours, traverse depuis longtemps l’action de Kossi Agbenyega Aboka. Le maire de Golfe 5, qui a encore rappelé les interdictions d’occupation des voies publiques en septembre dernier, défendait déjà cette ligne lorsqu’il dirigeait la délégation spéciale de la préfecture du Golfe.
Les archives en témoignent. En juin 2015, des interventions visaient les stations de transport et les vendeurs de véhicules installés illégalement sur les routes nationales N°1, N°2 et N°3. À Adidogomé, une opération avait suscité une vive confrontation avec des chauffeurs. La volonté de dégager les voies se heurtait déjà à des résistances.
En février 2019, cette action se poursuivait à Baguida, avec l’Agence nationale de gestion de l’environnement (ANGE) contre les dépôts de sable et de gravier encombrant les voies. D’autres interventions concernaient les revendeurs de véhicules occupant les grandes artères de Lomé.
Un combat éclipsé par ses méthodes
La fermeté d’Aboka a contribué à façonner sa réputation. Dès 2019, la presse rapportait les surnoms de « Casseur » et de « Bulldozer » qui lui étaient attribués. Ces qualificatifs résument combien ses méthodes pouvaient occuper le devant de la scène, au risque de reléguer au second plan la question de l’occupation du domaine public.
Discuter les modalités d’une intervention reste légitime. Mais préserver les voies publiques constitue une nécessité pour l’aménagement urbain. Laisser les installations s’accumuler, puis revenir les enlever, enferme la ville dans un cycle coûteux de tolérance et de déguerpissement.
Si cette exigence avait bénéficié plus tôt d’une adhésion collective et d’un suivi constant, Lomé aurait pu réaliser davantage de progrès dans l’organisation de son espace. C’est la réflexion qu’inspire aujourd’hui le parcours d’Aboka : une politique urbaine produit ses effets lorsqu’elle s’inscrit dans la durée.
Préserver les acquis
Le 2 novembre 2026, sur le boulevard du 30-Août, le maire a lancé l’opération communale inscrite dans la mobilisation générale. Une brigade de veille doit surveiller les axes prioritaires. Son propos fixe une priorité : « Le Maire ne doit pas, à cause des recettes, saboter la beauté de la ville ».
L’enjeu dépasse désormais le dégagement ponctuel des trottoirs. Il consiste à empêcher leur réoccupation, à accompagner les activités économiques vers des espaces adaptés et à faire respecter durablement les règles.
Le meilleur hommage au combat ancien de Kossi Aboka serait donc d’en préserver les acquis : des voies libérées aujourd’hui, encore praticables demain.
Gabriel BLIVI
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