(La Nouvelle République)-Le Togo a livré sa lecture des grands enjeux internationaux à la tribune de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies vendredi 25 septembre 2026. Dans son intervention, Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération, de l’Intégration africaine et des Togolais de l’Extérieur, a défendu un multilatéralisme plus solide, le respect du droit international et une plus grande place accordée au dialogue dans la prévention et le règlement des crises.
Pour Lomé, les difficultés actuelles du système international ne justifient pas un recul de la coopération multilatérale. Le ministre a au contraire appelé à « encore plus de multilatéralisme et encore plus d’ONU », avec une organisation plus efficace dans la prévention des conflits, plus représentative dans ses instances de décision et plus attentive aux préoccupations des populations.
Le droit international comme ligne de conduite
Robert Dussey a également pointé l’aggravation des tensions géopolitiques et le retour de la guerre dans les relations internationales. Dans ce contexte, le Togo défend le respect des règles communes, notamment du droit international.
Pour le chef de la diplomatie togolaise, ce droit ne constitue pas un frein à la puissance. Il doit plutôt permettre de protéger les États vulnérables, d’encadrer les rapports de force et de limiter les risques d’affrontements incontrôlés.
Le discours a ensuite porté sur le lien entre développement, climat et sécurité. Les vulnérabilités économiques et climatiques peuvent accentuer les fragilités sécuritaires, particulièrement en Afrique. Le Togo appelle donc à traiter ces questions ensemble et à ne pas réduire la sécurité à sa seule dimension militaire.
Dans cette approche, prévention, dialogue et médiation occupent une place centrale. Robert Dussey a présenté la diplomatie préventive comme l’un des axes de l’action extérieure du Togo et insisté sur la nécessité de préserver les espaces de discussion dans les situations de crise.
« L’Afrique ne demande pas que l’on agisse à sa place »
Le ministre a par ailleurs défendu une plus grande prise en compte des initiatives africaines dans la recherche de solutions aux crises du continent.
« L’Afrique ne demande pas que l’on agisse à sa place. Elle demande que ses efforts soient reconnus, accompagnés et soutenus », a-t-il déclaré.
Cette position s’accompagne d’un plaidoyer pour des solutions prenant en compte les réalités locales et la souveraineté des États. Pour Lomé, aucune réponse durable ne peut être construite sans dialogue avec les acteurs et les sociétés directement concernés.
De « Correct the Map » à une coopération scientifique
Robert Dussey est également revenu sur « Correct the Map », initiative portée par le Togo à l’ONU. Il a rappelé l’adoption, le 4 septembre 2026, d’une résolution sur la représentation cartographique du monde, qu’il a présentée comme une reconnaissance de la nécessité de s’appuyer sur la vérité scientifique et l’égalité entre les peuples.
Mais le ministre veut désormais dépasser le cadre de la résolution. Le Togo propose de mobiliser États, agences onusiennes, institutions scientifiques, universités, cartographes, historiens, enseignants, innovateurs et jeunes autour d’un programme de recherche et de coopération.
La question prend une dimension particulière avec le développement des technologies numériques. Les cartes consultées sur les plateformes, les données géographiques et les systèmes utilisant l’intelligence artificielle participent aujourd’hui à la représentation du monde. Robert Dussey estime donc que cette réflexion doit également concerner les supports numériques utilisés par les nouvelles générations.
Le Togo souhaite ainsi que les écoles, universités et institutions de recherche deviennent des lieux de réflexion sur la manière de représenter et de comprendre le monde. Le ministre a appelé les scientifiques et cartographes de toutes les régions à prendre part à cette démarche.
Gabriel BLIVI
