(La Nouvelle République)-Dans la préfecture de Wawa, au cœur d’une zone reconnue pour sa production cacaoyère, le Togo renforce sa stratégie de valorisation agricole avec l’inauguration d’un Centre de traitement post-récolte de cacao d’excellence à Abréwankor.
L’objectif de cette initiative grandeur nature , selon les responsables de cette importante filière est d’améliorer davantage la qualité du cacao togolais et mieux positionner le pays sur les marchés spécialisés surtout à l’international.
Construit sur un site de 1,37 hectare, le centre dispose d’un magasin de stockage de 25 tonnes, d’un hall de fermentation, de tunnels de séchage, de dortoirs, d’un système d’adduction d’eau potable et d’une électrification solaire. L’infrastructure est également équipée de motos et de tricycles destinés à faciliter la collecte du cacao dans treize villages de la préfecture de Wawa impliqués dans le projet.
D’un coût global de 160 millions de francs CFA entièrement financés par le Comité de coordination pour les filières café et cacao (CCFCC), le centre s’inspire des modèles développés au Cameroun. L’objectif est de produire, dès la première année, 100 tonnes de cacao d’excellence destinées aux marchés de niche du cacao « fin et aromatisé », où les prix sont nettement plus élevés que sur les marchés conventionnels.
Le pari de la qualité
Présent à la cérémonie d’inauguration, le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, a insisté sur la nécessité pour le Togo de miser sur la qualité afin de renforcer sa présence sur les marchés internationaux. « Le Togo est un petit pays producteur de cacao dans le monde. Nous ne pouvons que nous appuyer sur la qualité du produit pour nous affirmer à l’international », a-t-il déclaré.
Pour le ministre, ce centre représente bien plus qu’une simple infrastructure technique. Il constitue un outil stratégique destiné à accroître les revenus des producteurs, créer des emplois pour les jeunes et les femmes et renforcer la contribution du cacao à l’économie nationale. Il a également souligné que le pays ambitionne désormais d’intégrer durablement le cercle des exportateurs de cacao fin et aromatisé.
Badanam Patoki a par ailleurs salué les performances des producteurs togolais distingués lors du concours international Cocoa of Excellence 2025, notamment Aboudou-Moumouni Maman et Koffi Ekouadji, deux producteurs de la coopérative IBA « COOP-CA » de Badou, récompensés par deux médailles d’or dans la catégorie Afrique et Océan Indien.
Le ministre a également mis en avant la dynamique engagée autour des filières café et cacao, rappelant l’inauguration récente de « La Maison du café, le terroir » à Lomé. Selon lui, ces initiatives traduisent une volonté de structurer davantage les chaînes de valeur agricoles et de créer de nouvelles opportunités économiques autour de la transformation locale.
L’ambition du CCFCC
Prenant la parole au nom du Comité de coordination pour les filières café et cacao (CCFCC), son secrétaire général, Enselme Gouthon, a rappelé que le centre de Kessibo-Abrewankor était encore un simple projet quelques années plus tôt. Selon lui, cette infrastructure traduit aujourd’hui l’ambition du Togo de capitaliser sur la réputation internationale de son cacao pour accéder à des marchés plus sélectifs et plus rémunérateurs.
Le responsable du CCFCC a insisté sur les performances enregistrées par les producteurs togolais lors des différentes éditions du concours international « Cocoa of Excellence Awards ». Il a notamment souligné que le Togo avait remporté, en 2025, deux des quatre médailles d’or attribuées à la zone Afrique et Océan Indien, après plusieurs distinctions déjà obtenues en 2021 et 2023.
Pour Enselme Gouthon, ces résultats démontrent que le cacao togolais dispose d’un véritable potentiel sur les marchés de niche. « Le Togo est un pays avec une production modeste. Mais la qualité de son cacao lui vaut une très bonne réputation à l’international. Cette performance devrait être préservée, voire améliorée », a-t-il affirmé.
Le secrétaire général du CCFCC a également expliqué que le centre servira non seulement à produire du cacao d’excellence dans des conditions respectueuses de l’environnement, mais aussi à renforcer les capacités des producteurs et des techniciens sur les techniques de traitement post-récolte.
Une stratégie tournée vers l’export
L’inauguration du centre a réuni plusieurs personnalités et partenaires internationaux, parmi lesquels le Directeur exécutif de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), des représentants du Cameroun ainsi que des chocolatiers français du « Club des Chocolatiers Engagés ».
Par l’entremise de ce projet, le Togo cherche désormais à intégrer le cercle restreint des producteurs de cacao fin et aromatisé, un segment à forte valeur ajoutée qui pourrait redéfinir progressivement la place du pays sur le marché mondial du cacao.
Gabriel BLIVI
Crédit Photo : republicoftogo.com
