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Accueil » ÉDITORIAL : Quand la diaspora veut dicter la révolution, les artistes préfèrent construire la nation
Editorial

ÉDITORIAL : Quand la diaspora veut dicter la révolution, les artistes préfèrent construire la nation

By La Rédactionjuin 11, 2025
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(La Nouvelle République)- Depuis l’arrestation de l’artiste togolais Aamron, les réseaux sociaux se sont transformés en tribunaux d’opinion où certains activistes de la diaspora s’érigent en procureurs et juges d’une révolution qu’ils souhaitent imposer à distance. Dans cette frénésie numérique, les artistes vivant au pays sont sommés de se plier à une ligne idéologique inflexible qui demande de s’aligner sans condition sur une vision militante, bruyante, radicale ou être cloués au pilori de la « trahison ».

Mais faut-il rappeler que l’artiste, par essence, est un être libre ? Libre de ses mots, libre de ses silences, libre de sa posture. Dans un contexte socio-politique aussi sensible que celui du Togo, l’artiste ne peut être réduit à un simple instrument d’agitation. S’il choisit de chanter l’espérance plutôt que l’insurrection, c’est un choix de conscience, non une preuve de compromission.

Les injonctions de la diaspora, aussi bruyantes soient-elles, ne tiennent souvent pas compte des réalités du terrain. Il est facile, depuis l’extérieur, d’appeler à la révolte quand on ne subit pas les contrecoups directs de la violence, quand on ne vit pas l’urgence de la paix sociale, quand on n’assume pas les risques encourus par ceux qui restent et qui créent, au jour le jour, dans un pays en perpétuelle quête de stabilité.

Certains activistes, dans leur croisade idéologique, en viennent même à dénoncer les artistes togolais qui ne chantent pas la colère, à les accuser de complicité avec le pouvoir, comme si la nuance était devenue un délit. Cette stratégie du « tu es avec nous ou contre nous » est non seulement injuste, mais toxique. Elle nie la complexité de l’engagement artistique et rejette toute forme d’alternative à la radicalité. Or, il y a mille manières de résister  par la culture,  l’humour, la mémoire et la lumière.

Il est temps de cesser de culpabiliser ceux qui, par leur art, cherchent à guérir au lieu de détruire. Le Togo a besoin d’artistes qui rassemblent, qui racontent l’histoire du pays sans attiser les haines, qui portent les douleurs du peuple sans en faire des armes. Quand certains veulent dicter la révolution, d’autres préfèrent construire la nation. Et dans un monde saturé de conflits, c’est peut-être ce choix-là, silencieux mais fécond, qui portera les plus grands fruits.

Gabriel BLIVI

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