(La Nouvelle République)- Dans la cour du lycée d’Adétikopé (LYADE), ce vendredi matin, un brouhaha joyeux se mêle aux sanglots étouffés. Les résultats du Baccalauréat première partie, communément appelé BAC 1, viennent d’être affichés. Une journée tant redoutée, tant espérée, devenue un véritable théâtre d’émotions contradictoires.
La danse des admis
Il est 9 heures passées lorsque un des enseignant accroche la fameuse liste sur le panneau d’affichage. Une marée humaine d’élèves en uniforme se presse en désordre. Très vite, des cris de joie percent la tension. Quelques filles réunies en groupe de quatre se prennent dans les bras, hurlant : « J’ai eu, j’ai eu ! ».
Gnrofoun Komlan, élève en série D, l’air encore incrédule, contemple ses résultats. « Je n’y croyais pas. L’épreuve de physique m’avait achevé. Mais Dieu a fait grâce. », martèle-t-il.
Non loin de lui, un petit attroupement se forme autour d’un garçon qui exécute des pas de danse. Les camarades chantent son nom. Les rires fusent. Des vidéos se tournent, déjà destinées aux réseaux sociaux. Les portables, bien que souvent interdits dans l’enceinte scolaire, immortalisent les victoires du jour.
Silences et visages fermés
Mais à quelques mètres de là, l’ambiance est tout autre. Assise sur un banc, les yeux dans le vide, une jeune fille semble absente au tumulte ambiant. Elle s’appelle Grâce, 17 ans, en série A4. Sa voix est à peine audible : » Après toutes ces nuits sans dormir. C’est cruel. », marmonne-t-elle.
D’autres élèves s’éloignent discrètement, leurs regards fuyant. Quelques-uns pleurent à chaudes larmes. Le poids de la déception se lit sur les visages, comme celui d’André, recalé pour une seconde fois. Il jette son cartable au sol, furieux :« Ce n’est pas juste ! J’ai travaillé, je mérite mieux que ça ! », a-t-il geint.
Un surveillant tente de le calmer, tandis que des parents, eux aussi présents, s’efforcent de consoler leurs enfants. Certains n’y arrivent pas. Une mère s’effondre en larmes avec sa fille dans les bras.
Des chiffres et des questions
Dans un autre lycée de la capitale, au lycée de Bè-Klikamé, le constat est semblable. Là encore, les scènes de liesse et de désolation se succèdent.
Selon les premières estimations recueillies auprès des proviseurs, les taux de réussite varient entre 55 et 68 % dans les établissements visités. Une performance jugée « correcte » par certains enseignants, mais qui laisse entrevoir des inégalités.« Les séries scientifiques s’en sortent un peu mieux cette année, » confie un professeur de mathématiques au lycée moderne d’Adidogomé, avant d’ajouter : « Mais il y a encore beaucoup d’efforts à faire dans l’encadrement des élèves faibles ».

Du côté des élèves recalés, la peur d’un redoublement difficile hante les esprits.
« On n’a pas tous les moyens pour refaire l’année, » murmure Rodrigue, un élève en série G2. Et d’ajouter : « Certains vont abandonner l’école, c’est ça la vérité. »
Par ailleurs, selon les statistiques officielles, le taux de réussite global s’élève à 60,49 %, toutes séries confondues. Dans l’enseignement général, la série C enregistre le meilleur résultat avec un taux de réussite de 98,531 %. Elle est suivie par la série A4 (55, 78 %) et la série D (66, 22%).
En ce qui concerne l’enseignement technique, la série E affiche un taux de réussite de 60,11 %. Les séries F1, F2, F3 et F4 obtiennent respectivement 38, 39 %, 68,92 %, 40,61 % et 23,64%. Les séries commerciales et industrielles quant à elle présentent des taux relativement équilibrés, avec 73,25 % pour la série G1, 64,58 % pour la série G2, 62,75 % pour la série G3 et 97,14 % pour la série Ti.
Une étape, pas une fin
Dans les différents établissements, les chefs d’établissement appellent au calme et à la prise de recul. La matinée tire vers sa fin. Tandis que certains repartent le cœur léger, d’autres rentrent avec des larmes plein les yeux. Une chose est sûre est que cette journée restera longtemps gravée dans les mémoires. À Lomé, comme chaque année, les résultats du BAC 1 dessinent un paysage d’émotions où se croisent les promesses d’un avenir radieux et les doutes d’un présent à reconstruire.
Gabriel BLIVI
