(La Nouvelle République)-Le nom du journaliste franco-camerounais Alain Foka est au centre d’une vive polémique au Togo depuis quelques jours. L’ancien animateur vedette de RFI, aujourd’hui à la tête du groupe de réflexion MANSSAH, est pointé du doigt par une partie de la diaspora togolaise et certains activistes sur le sol national. Ces derniers l’accusent d’être l’un des cerveaux cachés derrière le changement de Constitution qui a instauré au Togo, un régime parlementaire, conférant un rôle central au président du Conseil, Faure Gnassingbé.
Cette campagne de mise en accusation a pris une tournure concrète lorsque Foka a été contraint de reporter sine die la conférence qu’il projetait d’organiser à Lomé les 26, 27 et 28 juin. L’événement, voulu comme un espace d’échanges sur les enjeux du développement africain, a été perçu par certains comme une manœuvre politique déguisée. Craignant des troubles et soucieux de ne pas envenimer le climat social, l’équipe de MANSSAH a préféré surseoir à la tenue de la rencontre, évoquant un « contexte d’incompréhensions ».
Mais pourquoi une telle levée de boucliers contre un journaliste ? Pour ses détracteurs, Alain Foka jouerait un rôle d’influenceur politique qui dépasserait le simple cadre médiatique. D’anciens propos jugés ambigus, un ton souvent conciliant à l’égard de certains régimes, et sa discrétion sur les crispations politiques togolaises alimentent les soupçons. Il n’en fallait pas plus pour que son nom soit associé à une « opération de légitimation » du nouveau régime parlementaire.
Derrière cette focalisation sur une figure extérieure se dessine pourtant un malaise plus profond. Un commentaire lu sur les réseaux sociaux résume cette frustration : « Si un simple journaliste pouvait à lui seul influer sur le destin constitutionnel d’un pays, c’est que le problème est bien plus profond. » Et de rappeler que d’autres peuples de la sous-région comme les Sénégalais, Burkinabè et Ghanéens, n’attendent ni journalistes ni puissances étrangères pour construire leur destin. Ils s’organisent, agissent et prennent en main leur avenir.
Par ailleurs, cette situation met en lumière une tendance bien connue et qui est celle de désigner des coupables extérieurs plutôt que d’assumer collectivement ses responsabilités. Le Togo n’échappe pas à cette dynamique. En s’en prenant à Alain Foka, certains activistes traduisent un sentiment de dépossession face à une réforme constitutionnelle qu’ils estiment imposée, sans véritable débat populaire. Mais le vrai enjeu reste ailleurs et se trouve dans la capacité des citoyens à initier eux-mêmes le changement qu’ils réclament.
Alain Foka n’est sans doute ni ange ni démon. Mais le transformer en bouc émissaire ne résout rien. À l’heure où le pays entre dans une nouvelle phase institutionnelle, l’essentiel serait d’ouvrir des espaces de dialogue, d’élargir le débat public et d’interpeller les vrais détenteurs du pouvoir.
Gabriel BLIVI
