(La Nouvelle République)-Le Togo n’est pas un objet politique que l’on suspend ou réactive selon des mots d’ordre conjoncturels. Il constitue une réalité nationale vivante, structurée par une continuité historique et portée, jour après jour, par l’activité constante de ses citoyens. C’est dans ce contexte que l’appel du M66 à instaurer un supposé « Togo en pause » le 6 juin prochain soulève une interrogation de fond quant à la pertinence même d’une telle démarche.
L’idée d’une « pause » appliquée à un pays relève d’une abstraction difficilement compatible avec les dynamiques réelles d’une société. Derrière cette notion apparemment symbolique se profilent des effets tangibles que sont le ralentissement des activités économiques, la fragilisation des revenus informels, la perturbation des échanges commerciaux et accroissement de l’incertitude pour les acteurs les plus vulnérables de l’économie nationale.
Le développement d’un État repose sur la continuité de ses fonctions économiques et sociales, non sur leur interruption. Le Togo, confronté à des défis multiples, requiert avant tout des approches constructives fondées sur la stabilité, la responsabilité collective et le dialogue institutionnel. Les logiques de suspension, même temporaires et symboliques, apparaissent peu compatibles avec les impératifs de consolidation nationale.
La jeunesse togolaise, en particulier, représente un capital stratégique dont la mobilisation ne peut s’accommoder de dynamiques d’immobilisme. Elle aspire à des perspectives concrètes d’emploi, de formation et d’innovation, et non à des séquences de paralysie, fussent-elles ponctuelles. C’est par l’activité continue et la participation active à la vie économique et sociale que se construit son avenir.
Aucune injonction ne saurait interrompre le cours normal d’une nation en mouvement. Le progrès collectif repose sur la persévérance quotidienne de celles et ceux qui travaillent, produisent et contribuent à la vitalité du pays. Ainsi, le 6 juin ou tout autre jour, le Togo poursuivra son chemin. Non, le Togo ne sera jamais en pause.
Gabriel BLIVI
