(La Nouvelle République)-Le débat politique togolais continue d’être marqué par les conséquences de l’arrêt rendu le 29 janvier 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO et publié le 25 juin. Dans un entretien accordé à AfreePress le 21 octobre, Me Mouhamed Tchassona Traoré, président du Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (MCD) et du Cadre permanent de concertation (CPC), appelle à distinguer la portée juridique de cette décision des revendications politiques qui l’accompagnent.
Selon son interprétation, la Cour a estimé que la révision constitutionnelle du 25 mars 2024 n’avait pas respecté l’article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. Elle a demandé au Togo de veiller à la conformité de ses futures réformes avec ses engagements internationaux. Me Tchassona Traoré rappelle toutefois : « La Cour n’a pas annulé la Constitution. Elle n’a pas ordonné la dissolution des institutions. Elle n’a prescrit ni transition, ni calendrier. »
Cette position intervient alors que plusieurs regroupements de l’opposition réclament un dialogue devant déboucher sur une transition et contestent le CPC. Le responsable du MCD défend la participation à ce cadre, estimant que ses insuffisances doivent être corrigées de l’intérieur. « Le CPC n’appartient à personne ; il appartient à ceux qui l’investissent », affirme-t-il, invitant les acteurs qui le boycottent à prendre part aux discussions.
Trois chantiers institutionnels
Les travaux du CPC portent notamment sur son propre statut, la composition de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et l’équité entre partis politiques et candidatures indépendantes. Trois groupes de travail ont été installés à cet effet le 19 février 2026.
Me Tchassona Traoré propose de renforcer le statut du CPC, éventuellement par un texte de rang supérieur, et de rendre sa consultation obligatoire pour les grandes réformes institutionnelles. Il pose également la question du modèle de CENI à privilégier : politique, technique ou mixte.
Le président du CPC reconnaît toutefois qu’une réforme aussi importante que celle de 2024 aurait dû être discutée dans ce cadre. Il demande au gouvernement de donner une suite effective aux recommandations déjà transmises. « Un cadre de concertation ne vaut que par ce qu’il fait aboutir », souligne-t-il.
Au-delà des divergences entre partisans du dialogue et défenseurs du boycott, Me Tchassona Traoré met l’accent sur la nécessité de rendre le CPC plus efficace. L’enjeu est de traduire les discussions en réformes concrètes, de renforcer la concertation entre les acteurs politiques et de veiller au respect des engagements internationaux du Togo.
Gabriel BLIVI
