(La Nouvelle République)-Parfois il nous paraît difficile de comprendre cette étrange passion qui anime certains de nos compatriotes vivant loin du Togo. À les écouter, notre pays n’aurait rien de bon à offrir, rien dont il puisse être fier, rien qui mérite d’être salué. Tout serait échec, tout serait catastrophe, tout serait matière à condamnation.
La critique est pourtant nécessaire. Elle est même indispensable à la vie d’une nation. Aucun pays ne progresse sans débats, sans remises en question, sans regards critiques sur son fonctionnement. Mais il existe une frontière que certains semblent avoir franchie qui est celle qui sépare la critique sincère de l’acharnement systématique.
Depuis le confort de l’exil ou de la distance, des voix se font entendre chaque jour pour accabler le Togo, ses institutions et ses dirigeants. Peu importe les efforts accomplis, les infrastructures réalisées, les réformes engagées ou les progrès enregistrés. Rien ne compte. Tout est prétexte à alimenter la colère, la frustration et parfois même la haine.
Le Togo n’est pas parfait. Aucun Togolais honnête ne le prétendra. Nos difficultés sont réelles et nos défis nombreux. Mais réduire notre pays à ses seuls problèmes est une injustice envers les millions de femmes et d’hommes qui se battent chaque jour pour faire avancer la nation. C’est aussi ignorer les progrès réalisés dans plusieurs domaines et les efforts consentis pour améliorer les conditions de vie des populations.
Nous avons le droit de ne pas être d’accord avec nos dirigeants. Nous avons le droit de contester certaines décisions. Mais nous avons aussi le devoir de respecter notre pays et de préserver son image. Car lorsqu’on passe son temps à salir sa propre nation devant le monde entier, ce ne sont pas seulement les dirigeants qui sont atteints ; c’est l’ensemble du peuple togolais qui en subit les conséquences.
Le patriotisme ne consiste à aimer suffisamment son pays pour vouloir le voir réussir, en corrigeant ce qui ne va pas sans détruire ce qui existe. Il consiste à préférer les solutions aux insultes, le dialogue aux invectives et l’espérance au découragement.
Le Togo mérite mieux que les discours de haine et les campagnes de dénigrement permanentes. Il mérite des débats responsables, des critiques constructives et des citoyens qui, où qu’ils se trouvent, gardent à l’esprit que l’avenir de notre nation dépend moins de nos divisions que de notre capacité à avancer ensemble.
Car au final, on ne grandit jamais un pays en le rabaissant. On le grandit en le servant. Et c’est là toute la différence entre les bâtisseurs de la nation et les prédicateurs de la haine.
Gabriel BLIVI
