(La Nouvelle République)- Un reportage consacré à un artiste togolais à la réputation controversée a déclenché une vague de réactions sur les réseaux sociaux. Entre défense de la liberté éditoriale et critiques sur le choix du sujet, Roger Amemavoh et son média se retrouvent au cœur d’un vif débat.
Dans le paysage médiatique togolais, Capture Média dirigé par Roger Amemavoh, s’est progressivement imposé comme l’un des médias numériques les plus suivis. Grâce à ses reportages de terrain, ses portraits et ses contenus immersifs, le média a su conquérir un large public, notamment sur les réseaux sociaux.
Sa ligne éditoriale, axée sur les réalités du quotidien, les parcours inspirants et les initiatives locales, lui a permis de se distinguer dans un environnement médiatique très concurrentiel. Au fil des mois, Capture Média s’est construit une communauté fidèle, qui suit et commente chacune de ses publications.
Mais cette proximité avec son audience implique aussi une forte exigence. Plus le média gagne en influence, plus ses choix éditoriaux sont scrutés. Et l’une de ses récentes publications en est une parfaite illustration.
Quand un reportage déclenche un procès sur les réseaux sociaux
C’est précisément ce qui s’est produit avec une vidéo publiée il y a quelques jours. Capture Média est allé à la rencontre d’un artiste togolais aujourd’hui reconverti dans le relooking et la vente de vêtements. L’objectif du reportage était de mettre en lumière cette nouvelle orientation professionnelle et de découvrir l’activité qu’il développe désormais.
Cependant, le choix du personnage a rapidement éclipsé le contenu même du reportage. L’artiste concerné demeure une personnalité qui divise profondément l’opinion. Son nom est régulièrement associé, dans le débat public, à diverses controverses et à des prises de position particulièrement offensives sur les réseaux sociaux.
Pour une partie des internautes, il ne s’agissait donc pas d’un simple reportage sur une reconversion professionnelle, mais d’une exposition médiatique accordée à une personnalité dont l’image reste fortement contestée.
Très vite, les réactions se sont multipliées sous la publication. Certains abonnés n’ont pas caché leur incompréhension. « Capture Média, tu m’as déçu », écrit l’un d’eux. Un autre annonce : « Je me désabonne immédiatement de Capture Média ». D’autres encore s’interrogent sur la trajectoire empruntée par le média ou demandent à Roger Amemavoh de ne plus donner de visibilité à ce type de personnalité.
Pour ces internautes, un média construit aussi son identité par les personnes auxquelles il choisit de donner la parole. Ils estiment que certains profils, en raison de leur réputation ou de leurs prises de position passées, peuvent brouiller l’image d’un média qui s’est imposé grâce à sa crédibilité.
À l’inverse, de nombreux abonnés ont pris la défense de Capture Média. Plusieurs rappellent qu’un reportage ne constitue pas nécessairement un acte de soutien ou d’approbation. Ils invitent plutôt à distinguer le traitement journalistique d’un sujet de l’image que véhicule son protagoniste.
« Roger fait un très bon boulot. Écoutons d’abord le début de la vidéo avant de juger », écrit un internaute. D’autres saluent le professionnalisme de l’équipe ou estiment que raconter la reconversion d’une personnalité, même controversée, relève pleinement du travail d’un média.
Une troisième catégorie de commentaires s’intéresse davantage au fond du sujet. Pour ces internautes, l’essentiel réside dans la démarche entrepreneuriale présentée dans le reportage. Ils saluent l’évolution de l’artiste, son sens du style ou encore son engagement dans une nouvelle activité économique, indépendamment des controverses qui entourent son parcours.
Une controverse révélatrice des attentes du public
Au-delà des réactions parfois passionnées, cette séquence illustre la relation particulière que Capture Média entretient avec sa communauté. Au fil de ses reportages, le média a bâti un important capital de confiance auprès de son public. Cette confiance s’accompagne désormais d’attentes élevées. Les abonnés ne se contentent plus de regarder les contenus, ils questionnent aussi les choix éditoriaux.
Cette polémique soulève une question de fond. Celle de savoir si un média doit-il renoncer à traiter des personnalités controversées pour éviter toute polémique, ou peut-il raconter leur parcours lorsqu’il estime que celui-ci présente un intérêt journalistique ?
La réponse n’est pas simple. Entre liberté éditoriale, responsabilité sociale et perception du public, l’équilibre est souvent délicat. La certitude est que cette publication aura confirmé l’influence acquise par Capture Média dans le paysage médiatique togolais. Les réactions qu’elle a suscitées montrent que le média est désormais suffisamment installé pour que chacun de ses choix éditoriaux alimente le débat public.
Gabriel BLIVI
Journaliste de formation, il s’intéresse particulièrement à l’actualité politique, économique et sociale, ainsi qu’aux enjeux de gouvernance, de développement et de changement climatique au Togo et en Afrique.
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