(La Nouvelle République)-Dans plusieurs rues du Grand Lomé et de ses quartiers périphériques, la vente ambulante ne passe plus inaperçue. Pour attirer les clients, certains commerçants sillonnent les artères avec des baffles portatifs, diffusant à plein volume des messages publicitaires vantant les mérites des produits proposés. Pommades, produits destinés à lutter contre les insectes, articles de beauté ou encore divers produits de consommation courante sont ainsi annoncés à longueur de journée.
Le phénomène peut être observé aussi bien dans les zones très fréquentées que dans certains quartiers résidentiels. Le vendeur avance, son haut-parleur à la main ou installé sur un dispositif mobile, tandis qu’une voix enregistrée ou une annonce répétée présente le produit et invite les passants à acheter.
Des annonces à plein volume
Pour les commerçants concernés, cette méthode constitue avant tout un moyen de se faire entendre dans un environnement où la concurrence est importante. Sans boutique fixe et avec des clients potentiels dispersés dans les quartiers, le recours au haut-parleur permet de signaler rapidement leur présence.
Mais pour certains habitants, le procédé devient particulièrement gênant lorsque le volume sonore est élevé et que les annonces se répètent pendant plusieurs minutes.
« Nous comprenons que ces personnes cherchent à vendre leurs produits, mais lorsqu’un baffle passe plusieurs fois devant une maison avec le volume très élevé, cela devient difficile à supporter », témoigne un riverain d’un quartier périphérique de Lomé.
La situation est d’autant plus remarquée que ces vendeurs circulent parfois en pleine journée, notamment aux heures où les activités professionnelles et domestiques battent leur plein. Dans certains secteurs, le passage successif de plusieurs vendeurs équipés de baffles peut donner l’impression d’une succession permanente de publicités sonores dans la rue.
Le problème ne concerne toutefois pas uniquement les vendeurs ambulants. Dans une capitale en pleine croissance, les nuisances sonores proviennent également de nombreuses autres sources : circulation automobile, motos, bars, ateliers, cérémonies, établissements commerciaux ou encore appareils de sonorisation utilisés lors de différentes activités.
Le commerce face au calme
Du côté des vendeurs, le haut-parleur est présenté comme un outil de travail. « Si nous ne faisons pas connaître nos produits, les clients ne sauront pas que nous sommes dans leur quartier. Le baffle nous permet simplement d’attirer leur attention », explique un vendeur ambulant rencontré à Adétikopé, dans la commune Agoènyivé-6.
La question posée est donc celle de l’équilibre entre activité économique et tranquillité du voisinage. La vente ambulante permet à de nombreux acteurs de gagner leur vie et d’atteindre directement les consommateurs. Elle constitue aussi une composante visible de l’économie de proximité. Mais son développement ne devrait pas nécessairement se traduire par une augmentation du niveau sonore dans les quartiers.
Pour les riverains, l’enjeu est moins de faire disparaître ces commerçants que de voir leurs pratiques mieux encadrées. « Nous ne demandons pas l’interdiction de la vente ambulante. Il faudrait simplement que le volume soit raisonnable et que chacun puisse exercer son activité sans déranger tout le voisinage », estime une habitante de Tokoin-Séminaire.
Au demeurant, à Lomé, le commerce ambulant fait partie du paysage quotidien. Mais à mesure que les quartiers se densifient, la gestion du bruit devient elle aussi une question de vie collective. Entre le droit de vendre et celui de vivre dans un environnement relativement calme, les autorités, les commerçants et les populations sont appelés à trouver un équilibre.
Gabriel BLIVI
