(La Nouvelle République)-Au Togo, les violences basées sur le genre (VBG) et le harcèlement sexuel demeurent des réalités préoccupantes qui touchent différents secteurs de la société. Longtemps considérées comme des sujets tabous, ces violences font aujourd’hui l’objet d’une attention croissante de la part des autorités publiques et des organisations de la société civile. Selon plusieurs enquêtes nationales, près de 32 % des femmes togolaises ont subi au moins une fois des violences physiques ou sexuelles depuis l’âge de 15 ans, un chiffre qui illustre l’ampleur du phénomène dans le pays. Ces violences prennent différentes formes — physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques — et affectent particulièrement les femmes et les filles, aussi bien dans la sphère privée que dans les espaces publics et professionnels.
Le harcèlement sexuel dans le monde du travail
Dans le milieu professionnel, le harcèlement sexuel constitue l’une des formes les plus insidieuses de violence basée sur le genre. Il se manifeste par des propos, comportements ou attitudes à connotation sexuelle non désirés qui portent atteinte à la dignité des victimes et créent un climat de travail intimidant ou humiliant.
Malgré l’existence de dispositions juridiques visant à sanctionner ces pratiques, de nombreux cas restent encore sous-déclarés, les victimes craignant souvent les représailles, la stigmatisation ou la perte de leur emploi. En 2022, 2 818 cas de violences basées sur le genre ont été enregistrés dans les centres d’écoute au Togo, dont plus de 2 400 femmes victimes, un chiffre qui reste probablement en deçà de la réalité en raison du silence qui entoure ces violences.
Dans ce contexte, le gouvernement togolais a pris des mesures réglementaires pour renforcer la protection des travailleurs. D’après une note ministérielle publiée le 2 février 2024 par Gilbert Bawara, alors ministre de la Fonction publique, du Travail et du Dialogue social, toute forme de discrimination, de harcèlement sexuel ou moral, de violence ou d’intimidation en milieu professionnel est strictement interdite, et les employeurs sont tenus de garantir un environnement de travail sûr et respectueux, tout en sensibilisant leurs employés sur ces comportements inacceptables.
La note prévoit également que toute victime de harcèlement peut quitter son poste sans préavis ni perte de droits, tandis que les dénonciations abusives sont encadrées par la loi.
Les Forces de Défense et de Sécurité face au défi
Les institutions publiques ne sont pas épargnées par ce phénomène, y compris les Forces de Défense et de Sécurité (FDS). Selon des données nationales compilées par les Nations Unies, il y a par exemple 1 021 femmes au sein de la police nationale togolais, réparties entre commissaires, officiers, sous‑officiers et personnel administratif, ce qui témoigne d’une présence féminine notable mais encore minoritaire dans un corps historiquement dominé par les hommes.
Par ailleurs, d’après les mêmes sources officielles, les femmes représentent environ 8,5 % des effectifs des forces armées togolaises (armée + gendarmerie) en 2024, un taux en progression mais qui reste faible comparé aux standards internationaux.
Ces chiffres révèlent à la fois une avancée dans l’intégration des femmes dans les services de sécurité et des défis persistants en matière d’égalité, notamment dans la prévention et la prise en charge des violences basées sur le genre dans des environnements fortement hiérarchisés
Une sensibilisation au ministère de la Sécurité
Dans cette dynamique de prévention, le ministère de la Sécurité et de la Protection civile a organisé, le 3 mars 2026 à Lomé, une session de sensibilisation à l’endroit de son personnel sur les violences basées sur le genre et le harcèlement sexuel en milieu professionnel.
Cette rencontre marque le lancement d’une série d’activités prévues dans le cadre de la célébration de la Journée internationale des droits de la femme du 8 mars. Selon le Commissaire divisionnaire de police Bosro K. Kokou, chef de cabinet du président de la cellule focale genre, cette initiative vise à renforcer la prise de conscience des acteurs. Représentant le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Commissaire divisionnaire de police Tchendo Kpatcha a réaffirmé l’engagement des autorités à promouvoir l’égalité des chances et à lutter contre toutes les formes de discrimination, tout en saluant la contribution déterminante des femmes au sein des forces de sécurité.
Face à l’ampleur du phénomène, les initiatives de sensibilisation et de formation apparaissent comme des leviers essentiels pour faire évoluer les mentalités et renforcer la prévention. La promotion d’un environnement professionnel respectueux, fondé sur l’égalité et la dignité de chaque agent, constitue un enjeu majeur pour les institutions publiques, notamment les Forces de Défense et de Sécurité, appelées à montrer l’exemple dans la protection des droits humains et la construction d’une société plus juste et inclusive.
Gabriel BLIVI
