(La Nouvelle République)-Du 23 au 26 septembre 2026, Savalou, au Bénin, accueillera la 3ᵉ édition du Camp Régional Youth4ODD, un rendez-vous panafricain consacré à la jeunesse, au leadership et aux solutions durables. Après les précédentes éditions, dont celle organisée à Vogan au Togo en octobre 2024, cette nouvelle rencontre réunira des jeunes leaders, entrepreneurs, chercheurs, innovateurs, volontaires et acteurs engagés autour des Objectifs de développement durable des Nations Unies et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Placée sous le thème « Jeunesse, territoires et solutions durables : agir localement pour accélérer les ODD », cette édition entend renforcer les capacités des jeunes et favoriser l’émergence de solutions concrètes face aux défis environnementaux, sociaux et économiques. À quelques semaines de ce rendez-vous, Dr Junias Bergeron AZONDJINMON, Président RAEDD ONG, Président du Comité d’Organisation & Coordonnateur du Réseau Africain Youth4ODD, présente les ambitions, les enjeux et les résultats attendus de cette 3ᵉ édition.
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LNR : Après deux premières éditions, quel bilan tirez-vous du Camp Régional Youth4ODD et quelle est la vision qui sous-tend l’organisation de cette 3ᵉ édition à Savalou, au Bénin ?
Dr Junias Bergeron AZONDJINMON : Les deux premières éditions du Camp Régional Youth4ODD nous ont surtout permis de confirmer une conviction : la jeunesse africaine ne manque ni d’idées, ni d’engagement, ni de volonté d’agir. Elle a besoin d’espaces pour se rencontrer, se connecter, apprendre, construire ensemble et surtout transformer ses idées en actions.
L’édition de Vogan, au Togo, en octobre 2024, a notamment renforcé notre volonté de faire du Réseau Africain Youth4ODD une véritable plateforme régionale de dialogue, de partage d’expériences, de formation et d’émergence de solutions portées par les jeunes en faveur de l’atteinte des objectifs des agendas 2030 et 2063.
Pour cette troisième édition à Savalou, notre ambition est donc de franchir un nouveau cap qui est de mobiliser la jeunesse à passer davantage du discours à l’action et des idées aux solutions territoriales adéquates aux réalités locales.
Savalou n’a pas été choisie par hasard. C’est un territoire riche de son patrimoine culturel, de ses ressources naturelles, de son potentiel agricole et de ses communautés, mais qui fait également face à des défis qui sont représentatifs de nombreux territoires ruraux africains.
Nous voulons donc faire de Savalou un laboratoire de réflexion et d’innovation, où des jeunes venus de différents horizons africains pourront confronter leurs expériences et réfléchir ensemble à des réponses adaptées aux réalités locales.
LNR : Cette édition rassemble des jeunes leaders, entrepreneurs, chercheurs, innovateurs et acteurs engagés de plusieurs pays africains. Quelle mobilisation attendez-vous et qu’est-ce qui fait la particularité de ce rendez-vous panafricain de la jeunesse ?
Dr Junias Bergeron AZONDJINMON : Nous attendons environ 150 à 200 jeunes Africains, avec des profils et des expériences très diversifiés notamment des leaders communautaires, entrepreneurs, chercheurs, étudiants, innovateurs, volontaires, acteurs associatifs et porteurs de projets. Mais au-delà du nombre, ce qui nous intéresse est la diversité des expériences et des territoires représentés.
La particularité de Réseau Africain Youth4ODD est justement de créer un espace où un jeune entrepreneur peut échanger avec un chercheur, où un acteur communautaire peut dialoguer avec un responsable institutionnel, ou encore où une innovation développée dans un pays peut inspirer une solution dans un autre. Nous voulons dépasser les frontières nationales et favoriser une véritable intelligence collective africaine.
Le Réseau Africain Youth4ODD est avant tout une communauté, une communauté de jeunes qui ne veulent pas seulement parler de l’avenir de l’Afrique, mais qui souhaitent contribuer à le construire dans l’action et l’innovation tout en mobilisant toute la jeunesse à être acteur de changement sur son territoire en s’appuyant sur le potentiel du Réseau. Ce rendez-vous n’est donc que le point de rencontre où convergent des idées pour forger des solutions durables face aux différents défis dont font face nos différents territoires dans leur élan de durablement se développer.
LNR : Le thème de cette édition met l’accent sur la jeunesse, les territoires et les solutions durables. Pourquoi avoir choisi de placer l’action locale au cœur de la réflexion ?
Dr Junias Bergeron AZONDJINMON : Parce que les grands défis mondiaux se manifestent toujours quelque part, dans un territoire et dans la vie quotidienne des populations. Les changements climatiques, la perte de biodiversité, la pollution, le chômage des jeunes, les VBG, les difficultés d’accès aux services essentiels ou encore l’insécurité alimentaire ne sont pas des concepts abstraits. Ils ont des visages, des communautés qui le vivent constamment et des territoires où ils se manifeste au quotidien.
Nous sommes convaincus que l’atteinte des ODD ne pourra pas se faire uniquement à travers les grandes politiques internationales. Elle doit également partir des territoires. C’est tout le sens de notre message : penser global, mais agir local.
À Savalou, nous voulons donc demander aux jeunes non seulement de réfléchir sur comment atteindre les ODD, mais surtout de se poser une question très concrète : qu’est-ce que nous pouvons faire, ici et maintenant, avec les ressources dont nous disposons ? Et cela sera matérialiser par les actions que nous mettrons en œuvre juste à partir du potentiel de tout un chacun mis en ensemble pour agir.
LNR : Face à des défis tels que les changements climatiques, la pollution plastique, la déforestation, la désertification et la gestion durable des ressources en eau, quelles réponses concrètes la jeunesse peut-elle apporter ?
Dr Junias Bergeron AZONDJINMON : Elle peut d’abord contribuer à sensibiliser et mobiliser les communautés, mais elle peut surtout devenir actrice de solutions à travers l’innovation, l’entrepreneuriat et l’engagement citoyen.
Dans le domaine environnemental, que vous abordez par exemple, cela peut passer par la valorisation des déchets, le recyclage, l’économie circulaire, la promotion des alternatives durables, l’agriculture durable, la restauration des écosystèmes, la protection des ressources en eau ou encore l’utilisation des technologies pour mieux suivre les dynamiques environnementales, autant d’initiatives à explorer et mettre en œuvre, et le Camp est dédié à cela.
Mais il faut également reconnaître une chose, les jeunes ne peuvent pas tout faire seuls.
Nous avons besoin d’un écosystème favorable ; avec des collectivités territoriales, des États, des organisations de la société civile, des universités, des entreprises et des partenaires techniques et financiers accessibles, véritablement prêts et engagés à accompagner les initiatives sans distinctions, ni par faveur mais par nécessité de changement et nourris par la volonté de parfaire les choses.
Notre rôle, en tant que réseau, est donc également de créer des passerelles entre ces différents acteurs.
LNR : Le Camp met également en avant l’économie circulaire, l’économie verte, l’économie solidaire et l’entrepreneuriat. Comment comptez-vous transformer les idées et initiatives des jeunes en solutions concrètes et durables pour les communautés ?
Dr Junias Bergeron AZONDJINMON : Notre approche repose sur trois mots : identifier, connecter et accompagner.
Il faut d’abord identifier les idées et initiatives pertinentes qui existent déjà chez les jeunes. Ensuite, il faut créer des connexions entre les porteurs de solutions, les experts, les institutions et les partenaires capables de les accompagner. Enfin, il faut travailler sur la capacité de ces initiatives à devenir de véritables solutions économiques et sociales durables.
Le Camp sera donc un espace exemple où les participants pourront non seulement voir, apprendre, mais également présenter leurs projets, recevoir des retours, rencontrer des partenaires et améliorer leurs modèles d’intervention à travers les expériences des autres. Nous voulons surtout éviter que les idées restent dans les carnets ou dans les présentations PowerPoint mais d’être mise en œuvre déjà à partir du potentiel disponible.
Une bonne idée n’a d’impact que lorsqu’elle rencontre un territoire, une communauté et un mécanisme permettant sa mise en œuvre. Vous auriez certainement constaté par exemple que le modèle idéologique sous lequel nos différents Camp s’organise reste généralement focus sur ZERO ENERGIE FOSSILE – ZERO DECHET PLASTIQUE – TOUT AU NATUREL. C’est essentiellement pour montrer que ce que nous prônons est faisable avec des exemples qui le prouve.
LNR : Au-delà des quatre jours de formation, d’échanges et de partage d’expériences, quels résultats concrets et quels engagements attendez-vous des participants à l’issue de cette 3ᵉ édition ?
Dr Junias Bergeron AZONDJINMON : Nous ne voulons pas que les participants repartent simplement avec un certificat ou une belle expérience humaine ni juste de mémorables photos pour leur album. Nous souhaitons qu’ils repartent avec des compétences renforcées, des réseaux élargis, des collaborations nouvelles et surtout des engagements concrets. Nous attendons notamment l’émergence de projets et d’initiatives pouvant être développés dans les territoires, la création de collaborations entre jeunes de différents pays et la constitution d’une communauté d’Alumni Youth4ODD capable de poursuivre la dynamique après le Camp et sur les territoires.
Nous souhaitons également que certaines réflexions issues du Camp puissent alimenter les politiques et initiatives locales en matière de développement durable. A titre d’exemple, que le « Manifeste de la Jeunesse Africaine à Savalou pour les résolutions 2030 » soit une boussole d’action pour la jeunesse, que les actions mise en œuvre avec eux et par eux soit une source d’inspiration à leur retour, que les formations suivies et réseaux créés soient des compétences et outils acquis aux services de leurs territoires et enfin que les rapports d’activités et recommandations servent à transformer en solutions concrètes et durables par les acteurs à divers niveau pour les communautés et le développement du territoire de Savalou.
En définitive, notre indicateur de réussite ne sera pas uniquement le nombre de participants. Ce sera ce qu’ils feront après Savalou.
LNR : Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes Africains et aux différents partenaires pour les encourager à rejoindre et à soutenir la dynamique Youth4ODD ?
Dr Junias Bergeron AZONDJINMON : À la jeunesse africaine, je voudrais dire ceci : ne sous-estimez jamais votre potentiel et capacité à transformer votre territoire. Nous n’avons pas besoin d’attendre d’être les dirigeants de demain pour agir. Nous pouvons déjà être les acteurs du changement positif aujourd’hui, dans nos communautés, nos écoles, nos entreprises, nos associations et nos territoires. Youth4ODD est justement un espace pour apprendre, rencontrer, questionner, expérimenter et construire ensemble.
Aux institutions, aux collectivités, aux entreprises, aux organisations de la société civile et aux partenaires techniques et financiers, je lance également un appel : investissons davantage dans les capacités, les idées et le potentiel de notre jeunesse. Accompagner un jeune aujourd’hui, ce n’est pas seulement soutenir une personne ; c’est investir dans la capacité de transformation de tout un territoire.
Du 23 au 26 septembre 2026, Savalou deviendra pendant quatre jours un point de convergence de cette jeunesse africaine engagée. Notre ambition est simple : faire du Camp Régional Youth4ODD un grenier de solutions africaines, où les territoires inspirent les solutions et où la jeunesse devient pleinement actrice de leur mise en œuvre. CRY4ODD Savalou 2026 ne doit pas être seulement un Camp. Il doit être le début de nouvelles collaborations, de nouvelles initiatives et de nouvelles solutions pour nos territoires.
Propos recueillis par Gabriel BLIVI
