(La Nouvelle République)-Réunis dans la capitale nigériane à l’occasion de la 68ᵉ session ordinaire de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement, les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont réaffirmé leur engagement en faveur de l’intégration régionale, de la démocratie et de la sécurité, dans un contexte marqué par de fortes tensions politiques et sécuritaires.
Présidée par le chef de l’État sierra-léonais, Julius Maada Bio, la rencontre a rassemblé plusieurs chefs d’État, vice-présidents et ministres des Affaires étrangères des pays membres, ainsi que des représentants de l’Union africaine, de l’UEMOA et des Nations unies. Les travaux ont permis de dresser un bilan des progrès réalisés au cours des cinquante dernières années, tout en identifiant les défis majeurs auxquels la région reste confrontée .
Des signaux économiques encourageants, mais des réformes attendues
Sur le plan économique, la Conférence s’est félicitée de la résilience des économies ouest-africaines en 2025, caractérisée par une accélération de la croissance et une baisse des pressions inflationnistes. Les dirigeants ont toutefois appelé les États membres à intensifier les réformes structurelles, la mobilisation des ressources internes et l’assainissement des finances publiques afin de consolider ces acquis.
Concernant l’intégration monétaire, la CEDEAO a exprimé ses inquiétudes face aux retards persistants dans la convergence macroéconomique, à moins de deux ans du lancement prévu de la monnaie unique, l’ECO. Les chefs d’État ont décidé de relancer la Task Force présidentielle afin de lever les blocages institutionnels et accélérer le processus.
Libre circulation et intégration régionale au cœur des priorités
La Conférence a salué le déploiement de la carte d’identité biométrique de la CEDEAO au Nigeria, tout en exhortant les autres pays à accélérer sa mise en œuvre pour renforcer la libre circulation des personnes. Des avancées ont également été notées dans le cadre du Système de libéralisation des échanges et de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), avec un appel pressant à une application plus rapide et harmonisée des engagements régionaux.
Fermeté face aux coups d’État et à l’insécurité
Sur le plan politique et sécuritaire, la CEDEAO a condamné avec fermeté les récents coups d’État et tentatives de putsch, notamment en Guinée-Bissau et au Bénin, réaffirmant son attachement à l’ordre constitutionnel. L’organisation a également dénoncé les prises de parole de l’ancien président gambien Yahya Jammeh, jugées menaçantes pour la stabilité du pays.
Face à la recrudescence du terrorisme et du banditisme, en particulier au Sahel et dans le bassin du lac Tchad, les chefs d’État ont décidé de renforcer la coopération sécuritaire régionale. Un appui financier d’urgence a été accordé à plusieurs pays exposés, et des mesures ont été prises pour rendre opérationnelle la Brigade régionale de lutte contre le terrorisme.
Réformes institutionnelles et partenariats renforcés
La Conférence a par ailleurs validé la répartition des postes statutaires de la CEDEAO pour la période 2026-2030 et décidé du transfert du siège de l’Organisation ouest-africaine de la Santé en Côte d’Ivoire. Elle a aussi réaffirmé l’importance des partenariats internationaux pour financer les grands projets d’infrastructures, notamment les corridors routiers et énergétiques régionaux.
En clôturant les travaux, les dirigeants ont salué le leadership du président Julius Maada Bio et réitéré leur volonté commune de bâtir une CEDEAO plus forte, plus solidaire et mieux adaptée aux aspirations des populations ouest-africaines.
Gabriel BLIVI
