(La Nouvelle République)-En séjour officiel en Chine, le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, s’est entretenu le 11 octobre 2026 à Xiamen avec des médias chinois. Les échanges ont porté sur les perspectives de coopération entre la Chine, le Togo et l’Afrique dans les domaines de la sécurité maritime, du développement économique autour des infrastructures portuaires et de l’économie bleue. Le dirigeant togolais s’est également prononcé sur la candidature de Xiamen pour accueillir le Secrétariat de l’Accord sur la diversité biologique marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale (BBNJ). Il a notamment souligné l’importance de renforcer les capacités scientifiques et technologiques des pays africains afin qu’ils participent pleinement à la gouvernance mondiale des océans.
Entretien réalisé à Xiamen, le 11 octobre 2026
Journaliste : Le Togo œuvre activement à encourager les pays africains à préserver ensemble la sécurité maritime, à participer à la gouvernance mondiale des océans et à développer l’économie bleue. Quelles perspectives voyez-vous pour le renforcement de la coopération entre la Chine et le Togo, ainsi qu’entre la Chine et l’Afrique, dans ce domaine ?
Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil :
De façon générale, ce que j’aimerais dire, cela vaut pour le Togo, mais aussi pour les autres pays africains : nous voulons passer du statut de plateforme de transit que nous sommes essentiellement aujourd’hui à celui d’acteurs économiques, technologiques et institutionnels de la gouvernance mondiale.
Mais comment y parvenir ? Je vais parler de trois points.
Sur la sécurité, le Togo s’est engagé dans la coopération régionale dans le golfe de Guinée. Trois raisons motivent cet engagement : d’abord, la liberté de navigation dans le golfe de Guinée ; ensuite, la prévention des trafics illicites ; enfin, la protection des espaces maritimes. Je pense que, pour le Togo comme pour les autres pays africains, la Chine, compte tenu de son poids dans le commerce mondial, peut contribuer au renforcement de nos capacités et donc à la préservation de cette sécurité.
Deuxièmement, sur le plan économique, je dirais que la sécurité maritime est indissociable de la sécurité économique. Aujourd’hui, les perturbations que nous connaissons dans le monde sur les grandes routes maritimes mondiales ont un effet direct sur nos économies par trois canaux : le coût des transports, le prix des énergies et les chaînes d’approvisionnement.
Je pense que nous pouvons essayer de trouver des solutions à ces trois problèmes qui nous gênent. Comment ? Je disais tout à l’heure que nous ne pouvons plus être seulement des ports de transbordement. Nous avons un port à Lomé qui est le premier port à conteneurs de l’Afrique de l’Ouest, mais aujourd’hui, l’enjeu est de construire des capacités productives autour de ces ports.
Ce que nous voulons, ce n’est pas augmenter le trafic ou les marchandises qui passent par notre port, mais capter davantage de valeur et créer de la valeur ajoutée. Cela signifie qu’il nous faut des zones industrielles, des services logistiques performants, une main-d’œuvre qualifiée et des entreprises locales qui participent à ce développement.
Je pense qu’ici, en Chine, vous avez une très grande expérience dans l’articulation entre le port, le parc industriel, la zone industrielle et les écosystèmes productifs. Nous pouvons nous inspirer de cette expérience dans le cadre de la coopération entre votre pays et les pays africains.
Enfin, le troisième point concerne l’économie bleue. Celle-ci suppose la maîtrise des connaissances et des technologies. L’Afrique ne peut pas participer à la gouvernance mondiale si elle ne maîtrise pas certains domaines, notamment les sciences marines. Je parle des technologies que nous devons également maîtriser et des institutions de recherche que nous devons mettre en place.
Je pense que la Chine, dans le cadre de sa coopération avec les pays africains, notamment avec le Togo, peut nous aider à former davantage de spécialistes et à partager davantage de données.
Journaliste : La Chine a proposé Xiamen comme siège du Secrétariat de l’Accord sur la diversité biologique marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale, ou Accord BBNJ selon son acronyme anglais. Selon vous, quels atouts Xiamen présente-t-elle pour accueillir ce Secrétariat, et comment cette ville pourrait-elle contribuer à une plus grande participation des pays en développement, notamment du Togo, à la gouvernance mondiale des océans ?
Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil :
Je voudrais dire que cet accord représente une chance pour les pays africains. Mais cette chance ne pourra se concrétiser que si nous participons pleinement à cette gouvernance. L’enjeu n’est donc pas seulement le lieu d’implantation, mais surtout ce que ce Secrétariat pourra faire pour les pays africains.
Je pense que votre pays dispose de très bons atouts. D’abord, vous avez une tradition maritime reconnue. Vous disposez d’infrastructures modernes ; nous avons vu tout à l’heure, dans une vidéo, le bâtiment qui pourrait accueillir ce Secrétariat. Les conditions sont donc optimales sur le plan des infrastructures.
Vous avez également l’expérience de la Chine dans le respect de ses engagements internationaux en général, ainsi que d’importantes capacités de recherche. Votre développement est associé aux activités portuaires, aux technologies et à la protection de l’environnement marin. Vous avez donc une forte légitimité et des atouts pour accueillir cette institution.
Mais, comme je l’ai dit tout à l’heure, ce qui fera la différence, c’est la manière dont ce Secrétariat pourra aider les pays en développement à participer effectivement à cette gouvernance.
Nous avons la chance, avec votre pays, de disposer d’un cadre de dialogue qui s’appelle le FOCAC, dans lequel nous essayons généralement de discuter pour trouver des accords conciliant les intérêts de votre pays et ceux des pays africains, dans le respect mutuel.
Cependant, dans ce domaine précis, les moyens dont disposent les pays africains sont inégaux. La recherche océanographique constitue une difficulté pour certains pays. L’accès aux données océaniques est également un problème pour d’autres. La maîtrise des sciences marines n’est pas évidente pour tout le monde.
Face à ces difficultés, je pense que votre pays possède une expérience et des atouts qui pourraient bénéficier aux États africains. Si ces derniers participent pleinement à la gouvernance mondiale des océans, des partenariats pourraient être établis entre les institutions de recherche chinoises et africaines. Nous pourrions ainsi disposer de centres de recherche plus performants, accéder aux données, partager ces données et, surtout, garantir un partage équitable des avantages et des bénéfices tirés de l’utilisation des ressources génétiques marines. C’est fondamental pour nous.
Le Togo a signé et ratifié cet accord. Mais notre enjeu est de savoir comment participer pleinement à sa mise en œuvre. Nous avons besoin de compétences et de moyens.
Globalement, je dirais qu’il est important que les pays en développement soient représentés dans les institutions internationales. Mais ils doivent également avoir la possibilité et la capacité de produire des connaissances et de participer aux décisions qui en découlent, surtout lorsqu’il s’agit de mécanismes internationaux.
Voilà, en substance, ce que je voulais dire. Je pense que Xiamen a de très bonnes chances. Nous nous sentirions à l’aise si le Secrétariat venait ici, compte tenu de l’accessibilité et des infrastructures, et nous sommes optimistes quant à la suite du processus.
Journaliste : Merci.
