(La Nouvelle République)-Dans une interview accordée à l’émission Moment de vérité d’Alain Foka, le ministre togolais des Affaires étrangères, Prof. Robert Dussey, est revenu sur les crises sécuritaires en Afrique et sur le silence observé, selon lui, face à certaines situations de conflit, notamment au Mali. Il a estimé que ce silence ne peut être expliqué par une seule cause, mais résulte d’un ensemble de facteurs politiques et historiques.
Le chef de la diplomatie togolaise a replacé son analyse dans une perspective post-indépendance, rappelant que les premiers dirigeants africains avaient porté une vision structurée pour le continent. Il a toutefois estimé qu’une partie des élites actuelles n’a pas su préserver cette dynamique, tout en appelant à ne pas céder à la résignation ni à la fatalité.
Évoquant les réactions limitées des États africains face à certaines crises internationales, Robert Dussey a cité un ensemble de facteurs explicatifs, allant de la peur à l’ignorance, en passant par la lâcheté et l’inconscience. Il a rappelé avoir déjà développé cette analyse dans ses travaux, notamment dans son ouvrage L’Afrique malade de ses hommes politiques.
Sur le plan sécuritaire, il a condamné l’attaque du 25 avril au Mali, dénonçant l’alliance entre groupes rebelles et organisations djihadistes. Il a souligné que ces dynamiques constituent une menace directe pour la stabilité régionale, en particulier en Afrique de l’Ouest, où les enjeux sécuritaires restent fortement interconnectés.
Abordant le rôle des institutions continentales, le ministre a reconnu l’existence de l’Union africaine, tout en estimant que ses mécanismes restent lourds et peu réactifs face à certaines urgences. Selon lui, ces limites justifient la mise en place d’initiatives complémentaires à l’image de l’Alliance politique africaine (APA), créée à Lomé.
Robert Dussey a précisé que l’APA n’a pas vocation à remplacer l’Union africaine, mais à servir de cadre de concertation plus souple entre États africains. Dans cette logique, il a annoncé la tenue d’une réunion extraordinaire le 3 juillet à Lomé, réunissant plusieurs pays africains ainsi que des États du Golfe.
Cette rencontre sera consacrée à l’analyse des conséquences de la crise au Moyen-Orient sur le continent africain, notamment sur les plans sécuritaire, économique et énergétique. Elle devrait déboucher sur une déclaration commune et sur la volonté de renforcer le dialogue entre l’Afrique et ses partenaires internationaux.
Gabriel BLIVI
