(La Nouvelle République)-Après une décennie marquée par des chocs mondiaux successifs, l’Afrique subsaharienne continue de croître, mais la reprise montre des signes d’essoufflement. Le dernier rapport sur l’État de l’économie africaine, publié par le Groupe de la Banque mondiale, prévoit une croissance de 4,1 % en 2026, identique à celle de 2025, mais souligne que les risques de dégradation s’accumulent.
Les tensions géopolitiques, en particulier le conflit au Moyen-Orient, le poids croissant de la dette publique et des contraintes structurelles persistantes pèsent sur la capacité de la région à accélérer sa croissance et à créer des emplois. Le renchérissement des combustibles, des denrées alimentaires et des engrais, combiné au durcissement des conditions financières, pourrait faire grimper l’inflation, perturber l’activité économique et affecter particulièrement les ménages les plus vulnérables.
« À court terme, les gouvernements doivent concentrer leurs ressources limitées sur la protection des foyers les plus vulnérables. En parallèle, le maintien de la stabilité macroéconomique, par la maîtrise de l’inflation et une gestion budgétaire prudente, sera crucial pour traverser le choc actuel et permettre aux pays africains de rebondir plus rapidement », souligne Andrew Dabalen, économiste en chef du Groupe de la Banque mondiale pour la Région Afrique.
Le rapport note également que le niveau élevé de la dette publique restreint la capacité des pays à investir dans des infrastructures essentielles et à financer des priorités de développement. Depuis 2017, le ratio du service de la dette publique extérieure rapporté aux recettes a doublé, passant de 9 % à 18 %, tandis que les investissements publics restent inférieurs d’environ 20 % à leur niveau de 2014.
Avec l’arrivée de plus de 620 millions de personnes sur le marché du travail africain d’ici 2050, le continent doit viser une croissance plus productive et diversifiée, soutenue par le secteur privé, pour créer des emplois en plus grand nombre et de meilleure qualité. Le rapport consacre une section à la politique industrielle, qu’il présente comme un levier clé pour la transformation économique.
Selon la Banque mondiale, des politiques industrielles bien conçues peuvent favoriser un apprentissage rapide, orienter l’économie vers des biens et services à plus haute valeur ajoutée et stimuler la productivité. Leur succès dépend toutefois de la mise en œuvre rigoureuse, de la disponibilité d’infrastructures fiables, d’une main-d’œuvre qualifiée, de l’accès au financement et d’une intégration régionale accrue, notamment via la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Sans ces bases solides, avertit le rapport, la politique industrielle risque de produire des enclaves isolées et inefficaces plutôt que de générer une transformation économique durable.
Gabriel BLIVI
