(La Nouvelle Républiqueà-Parler de logistique au Togo ne relève plus d’un simple exercice technique. Pour le Dr Kodjo Aristide AGBOSSOUMONDE, député à l’Assemblée nationale et membre fondateur de l’Association Togolaise pour la Logistique (ATLOG), il s’agit désormais d’un choix stratégique de développement, au même titre que l’agriculture, l’énergie ou l’industrialisation. Sa lecture du secteur s’inscrit dans une vision de long terme où la logistique devient une infrastructure invisible, mais déterminante, de la compétitivité nationale.
Selon lui, l’erreur serait de réduire la logistique aux routes, aux quais et aux entrepôts. Ce qui fait la force d’un pays, explique-t-il, c’est la capacité à organiser les flux, à réduire les frictions entre acteurs, à synchroniser décisions publiques et initiatives privées. La Supply Chain, dans cette approche, agit comme un système nerveux de l’économie, reliant production, transformation et consommation.
Structurer avant d’accélérer
Lorsque l’ATLOG voit le jour en 2015, le contexte est celui d’une mutation rapide des infrastructures, mais d’une fragmentation des pratiques. Pour le Dr AGBOSSOUMONDE, la priorité n’était pas de courir plus vite, mais de mettre de l’ordre, structurer les métiers, créer des passerelles entre opérateurs, former des compétences capables d’accompagner la modernisation du pays.
Dix ans plus tard, il estime que cette phase de structuration porte ses fruits. Le secteur logistique togolais a gagné en professionnalisme, les standards évoluent, la culture de la performance s’installe progressivement. Ce n’est pas un hasard, selon lui, si la logistique figure aujourd’hui parmi les leviers clairement identifiés dans les politiques publiques.
Le hub n’est pas un lieu mais une organisation
A en croire Dr AGBOSSOUMONDE, la notion de hub est centrale, mais souvent mal comprise. Un hub, rappelle-t-il, ne se décrète pas par la seule présence d’un port ou d’un aéroport performant. Il se construit par la qualité de la gouvernance, la fluidité des procédures, la fiabilité de l’information et la capacité à intégrer des chaînes de valeur complètes.
C’est dans cette logique qu’il analyse le positionnement du Port autonome de Lomé, non comme une fin en soi, mais comme un nœud stratégique appelé à dialoguer avec l’industrie, l’agriculture, l’aérien et les corridors régionaux. La Plateforme industrielle d’Adétikopé illustre, à ses yeux, cette évolution vers une logistique orientée transformation et création de valeur locale.
Digitaliser pour maîtriser coordonner pour performer
Autre pilier de sa réflexion, la digitalisation. Pour le parlementaire, elle ne doit pas être perçue comme un simple outil technologique, mais comme un instrument de gouvernance. Dématérialiser les procédures, tracer les flux, partager l’information en temps réel permet de réduire les coûts cachés, de sécuriser les échanges et d’améliorer la compétitivité globale du territoire.
Mais la technologie, prévient-il, ne suffit pas. Sans coordination entre les administrations, les opérateurs privés et les institutions de formation, la performance reste fragile. La logistique exige une intelligence collective, capable d’aligner les décisions et d’anticiper les ruptures.
Agriculture et jeunesse là où la Supply Chain devient sociale
Spécialiste des questions agricoles et de l’emploi des jeunes, le Dr AGBOSSOUMONDE introduit une dimension souvent absente des débats techniques, l’impact social de la Supply Chain. Pour lui, chaque inefficacité logistique se traduit concrètement par des pertes post-récolte, des revenus agricoles amputés et des opportunités d’emploi manquées.
À l’inverse, une chaîne logistique maîtrisée permet de transformer localement, de mieux conserver, de mieux exporter et de créer des métiers à tous les niveaux, manutention, qualité, planification, maintenance, numérique. La logistique devient alors un vecteur d’inclusion économique, notamment pour les jeunes.
Faire de la réflexion collective un levier d’action
La Semaine de la Logistique et de la Supply Chain, prévue à Lomé en décembre 2025, s’inscrit pleinement dans cette démarche intellectuelle et stratégique portée par le Dr AGBOSSOUMONDE. Il ne s’agit pas, selon lui, d’un simple événement sectoriel, mais d’un espace de convergence entre décideurs, praticiens, formateurs et jeunes talents.
Son message est constant. Le Togo dispose aujourd’hui d’atouts réels, mais le véritable défi réside dans la capacité à transformer ces avantages en leadership durable. Cela suppose d’investir dans les compétences, d’approfondir l’intégration régionale et de faire de la logistique un langage commun entre économie, politique publique et développement humain.
À travers cette vision, le Dr Kodjo Aristide AGBOSSOUMONDE ne parle pas seulement de transport ou d’infrastructures. Il esquisse une architecture du développement où la logistique devient l’ossature discrète mais essentielle de l’ambition togolaise.
Journaliste de formation, il s’intéresse particulièrement à l’actualité politique, économique et sociale, ainsi qu’aux enjeux de gouvernance, de développement et de changement climatique au Togo et en Afrique.
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