(La Nouvelle République)-Au Togo, les plateformes numériques proposant des produits, des commissions, des investissements ou des revenus présentés comme accessibles en quelques clics connaissent un engouement croissant. Sur les réseaux sociaux et dans les groupes WhatsApp, les noms de CBC, CBEX, Treasure NFT, SUN Crypto, BRICH ou encore BITORA circulent de plus en plus. Derrière des modèles parfois très différents, un même argument revient, celui de la possibilité de générer rapidement des revenus grâce au numérique.
Cette dynamique intervient dans un contexte où le commerce électronique gagne progressivement du terrain au Togo. En février 2026, le ministère chargé du Commerce a officiellement lancé Assinyon, une plateforme destinée notamment à aider les promoteurs de produits locaux à accéder au marché du commerce électronique. Le gouvernement présente également le numérique comme un levier de développement des échanges commerciaux.
Mais à côté du véritable e-commerce se développe un autre univers, où la frontière entre vente en ligne, investissement, cryptomonnaies, affiliation et recherche de gains peut parfois devenir difficile à percevoir pour les utilisateurs.
Des promesses qui séduisent
L’attractivité de ces plateformes tient notamment à leur accessibilité. Un téléphone portable, une connexion Internet et parfois une mise de départ relativement faible peuvent suffire pour rejoindre certains programmes. Les utilisateurs sont ensuite invités à effectuer des achats, investir, accomplir certaines tâches ou parrainer d’autres personnes en échange de commissions.
Le mécanisme du parrainage joue ainsi un rôle important dans la diffusion de plusieurs offres numériques. Un utilisateur satisfait de ses premiers gains peut devenir, à son tour, un promoteur de la plateforme auprès de ses proches, dans son quartier, son entreprise ou ses groupes WhatsApp.
Cette dynamique contribue à donner une forte visibilité à des plateformes dont le fonctionnement économique réel n’est pas toujours compris par le grand public.
Les autorités alertent
Le phénomène n’est pas nouveau. Dès avril 2025, le CERT.tg avait alerté contre des campagnes utilisant de fausses plateformes de vente ou d’investissement en ligne. Le mécanisme décrit associait notamment promesses de commissions, investissements, ventes et parrainage, avec des dépôts pouvant être effectués par Mobile Money.
En juin 2025, le CERT.tg avait également démenti une prétendue opération d’investissement en cryptomonnaies attribuée au ministère de l’Économie et des Finances. Les personnes ciblées étaient invitées à communiquer leurs informations personnelles, leur numéro de téléphone et le montant qu’elles souhaitaient investir.
Plus récemment, en septembre 2026, le CERT.tg a cité plusieurs plateformes, dont CBCApp, Lotofull, NectarPro, Shoperol et AnoVest, dans une alerte consacrée aux risques liés à de fausses plateformes d’investissement et de jeux d’argent. Le centre indique que ses investigations les ont identifiées comme frauduleuses.
Ces alertes ne signifient cependant pas que toute plateforme de commerce électronique, de cryptomonnaie ou d’investissement est frauduleuse. Elles soulignent surtout la nécessité de vérifier l’identité de l’opérateur, son statut juridique, son modèle économique, les conditions de dépôt et de retrait ainsi que l’origine des revenus annoncés.
Pourquoi un tel engouement ?
L’attrait pour ces plateformes peut aussi être lié à la recherche de nouvelles sources de revenus dans une économie où le numérique ouvre des possibilités nouvelles. Pour certains utilisateurs, ces services apparaissent comme une porte d’entrée vers l’entrepreneuriat numérique, sans nécessiter au départ une infrastructure importante.
Mais la promesse de revenus rapides peut également favoriser des prises de risque insuffisamment évaluées. Lorsqu’un système repose fortement sur le recrutement de nouveaux membres, exige des dépôts réguliers ou promet des rendements particulièrement élevés, la prudence devient indispensable.
La question dépasse donc la seule existence de telle ou telle plateforme. Elle touche à la culture financière et numérique des utilisateurs, à la protection des consommateurs et à la capacité des autorités à accompagner l’essor du commerce électronique tout en limitant les abus.
Entre opportunité et vigilance
Le développement du numérique constitue une réelle opportunité pour le Togo. Mais la multiplication des offres en ligne impose également de renforcer l’information du public.
Avant de déposer de l’argent sur une plateforme, il est notamment nécessaire de vérifier son identité juridique, son adresse, ses responsables, les conditions de retrait, la nature exacte de l’activité proposée et les éventuelles autorisations nécessaires.
Le véritable enjeu est donc de permettre aux Togolais de profiter des opportunités du numérique sans confondre innovation, investissement et promesse de gains faciles.
Gabriel BLIVI
