(La Nouvelle République)-À Lomé, ce 21 août 2025, les autorités togolaises ont organisé un atelier national pour mobiliser un engagement accru en faveur du secteur de l’élevage. Portée par le ministère des Ressources Halieutiques, Animales et de la Règlementation de la Transhumance, avec l’appui de la BAD, la FAO et l’ILRI, cette initiative vise à faire de l’élevage un moteur durable de croissance, d’emploi et de sécurité alimentaire. Il s’agit de « favoriser un dialogue direct entre bailleurs de fonds et acteurs clés du secteur », en identifiant des priorités d’investissement et en explorant des solutions innovantes de financement.
Actuellement, les investissements agricoles au Togo sont largement orientés vers les cultures végétales. Entre 2015 et 2022, à peine 8 % des financements publics et privés ont été consacrés à l’élevage, contre près de 60 % pour le maïs, le riz ou encore le soja, selon le ministère de l’Agriculture (MAEDR, 2021). Cette répartition déséquilibrée freine le développement des infrastructures spécialisées, limite l’accès aux intrants et réduit la compétitivité des filières animales.
Le secteur souffre également d’un manque d’accès au crédit. « La filière bétail-viande a reçu en moyenne moins de 2 % des crédits agricoles décaissés entre 2017 et 2021 », indique la BCEAO. En comparaison, l’horticulture a capté à elle seule 15 % de ces ressources. Ce déficit est aggravé par l’absence de stratégies commerciales adaptées, le manque de données fiables et une gouvernance encore perfectible.
Pour répondre à ces défis, le gouvernement togolais a défini une feuille de route ambitieuse à travers le Plan stratégique de développement de l’élevage, de la pêche et de l’aquaculture 2025–2034 (PSDEPAT). Le ministre Katari Foli Bazi a rappelé que « le secteur de l’élevage constitue une source de revenus pour près d’un quart des ménages ruraux » et représente « 16 % de la valeur ajoutée agricole et 6,7 % du PIB national ». Toutefois, il admet que « ces niveaux restent largement en deçà des besoins de la population ».
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2023, la production nationale de viande était de 68 036 tonnes, celle des œufs atteignait 250 millions d’unités et celle du lait, seulement 12 350 tonnes. Pourtant, selon la FAO, chaque Togolais aurait besoin annuellement de 12 kg de viande et 29 litres de lait — le pays n’en fournit respectivement que 7 kg et 1 litre par habitant. « Pour répondre à la demande croissante, notre pays recourt encore à des importations coûteuses », a reconnu le ministre.
Pour le gouvernement, l’élevage est désormais une priorité nationale. La création, en août 2024, d’un ministère entièrement dédié à ce secteur, la mise en place des IFAD spécialisés, et l’inscription de la volaille dans les priorités du Pacte pour la souveraineté alimentaire, en sont la preuve. « Le Président du Conseil porte une vision ambitieuse : faire de l’élevage un secteur moderne, résilient et moteur d’emplois durables », a souligné le ministre. L’atelier du 21 août marque ainsi une étape clé vers la concrétisation de cette vision.
Gabriel BLIVI
