(La Nouvelle République)-Un rapport de l’Institut pour la justice économique (IEJ), publié ce 3 juin 2025, sonne l’alerte : le poids croissant du service de la dette empêche les pays africains d’investir suffisamment dans les domaines cruciaux pour leur développement, dont la lutte contre le réchauffement climatique.
Selon ce document intitulé « Diverting Development : The G20 and External Debt Service Burden in Africa », les paiements liés au service de la dette publique représenteront en moyenne 137,4 % des besoins annuels en financements climatiques sur le continent d’ici 2030. Dans certains pays comme la Gambie, le Gabon ou le Ghana, ce ratio atteint même des sommets vertigineux, dépassant largement les 200 %.
Bien que la dette extérieure totale de l’Afrique (746 milliards $) reste relativement modérée à l’échelle mondiale, les remboursements atteignent des niveaux critiques. En 2024, 163 milliards $ ont été consacrés au service de la dette, contre 61 milliards en 2010. Résultat : plus de 751 millions d’Africains vivent dans des pays où les dépenses pour rembourser la dette dépassent celles allouées à la santé.
Le rapport pointe du doigt une dépendance accrue aux prêts commerciaux, plus coûteux, en particulier les euro-obligations, qui représentent désormais 25 % de la dette extérieure africaine, contre 12 % en 2008. En parallèle, la part des créanciers concessionnels comme le Club de Paris a fortement diminué.
Les dispositifs d’allègement de la dette, proposés par le G20 (tels que le Cadre commun), sont jugés lents, limités et inefficaces, notamment en raison de la non-participation de certains créanciers privés et du manque d’incitations à la restructuration rapide.
L’IEJ propose des solutions concrètes : un moratoire automatique de deux ans en cas de demande de restructuration, le gel des intérêts pendant les négociations, et une analyse de viabilité de la dette prenant en compte les risques climatiques et les besoins d’investissement durable. Il plaide également pour une extension de l’éligibilité au Cadre commun aux pays à revenu intermédiaire et marchés émergents en difficulté.
Ce rapport relance le débat sur la nécessité d’un nouvel équilibre entre gestion de la dette et impératifs de développement durable, au moment où l’Afrique fait face à une urgence climatique croissante sans disposer des moyens nécessaires pour y répondre efficacement.
Gabriel BLIVI
