(La Nouvelle République)-Le débat autour de l’attribution de badges « Médias » à des créateurs de contenus numériques prend de l’ampleur au Togo. Après l’Union des Journalistes Indépendants du Togo (UJIT), le Patronat de la Presse Togolaise (PPT) est à son tour monté au créneau pour dénoncer une pratique qu’il estime préjudiciable à la profession journalistique.
Dans un communiqué publié le 16 juillet, l’UJIT s’est inquiétée de l’accréditation de tiktokeurs et d’autres créateurs de contenus lors d’événements officiels et publics. L’organisation rappelle que le journalisme est un métier régi par des règles professionnelles fondées notamment sur la vérification des faits, le recoupement des sources, le respect de la déontologie et la responsabilité juridique.
Selon l’UJIT, accorder des badges réservés aux médias à des personnes ne relevant pas de la profession contribue à banaliser le métier de journaliste, brouille la frontière entre information professionnelle et contenus de divertissement ou d’opinion, et risque d’affaiblir la qualité de l’information mise à la disposition du public.
Le Patronat de la Presse Togolaise (PPT) partage cette analyse. Dans son communiqué, l’organisation indique avoir constaté que des créateurs de contenus, communément appelés « tiktokeurs » ou influenceurs, se voient attribuer des badges « Médias » lors de plusieurs événements publics, notamment à l’occasion de l’édition 2026 des luttes traditionnelles Evala dans la région de la Kara.
Le PPT précise que les organisateurs d’événements sont libres d’inviter toute personne à couvrir ou à assister à leurs manifestations. Toutefois, il estime que ces invitations doivent s’inscrire dans un cadre clairement défini afin d’éviter toute confusion sur le statut des personnes accréditées.
L’organisation rappelle que les créateurs de contenus, bien que légitimes dans leur domaine d’activité, n’exercent pas les mêmes missions que les journalistes professionnels et les organes de presse reconnus par la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC). Elle souligne que ces derniers sont accrédités pour assurer la couverture médiatique des événements avec professionnalisme et dans le respect des règles de la profession.
Au-delà du constat, les deux organisations appellent les autorités à agir. L’UJIT invite les responsables en charge de la presse et de la communication à engager une réflexion concertée avec les organisations professionnelles afin de mieux distinguer le journalisme professionnel de la création de contenus numériques.
De son côté, le PPT exhorte le ministère de la Communication et la HAAC à prendre les dispositions nécessaires pour encadrer la délivrance des accréditations et prévenir toute usurpation de titre sur les lieux de reportage. Il demande également aux organisateurs d’événements publics d’opérer une distinction claire entre les accréditations destinées aux médias professionnels et les invitations accordées aux autres acteurs de la communication.
Par leurs prises de position convergentes, l’UJIT et le PPT plaident pour un encadrement plus rigoureux de l’accès aux espaces réservés à la presse, estimant qu’il en va de la crédibilité de la profession journalistique et du droit du public à une information fiable et de qualité.
Gabriel BLIVI
