(La Nouvelle République)-À peine la visite du ministre togolais de la Justice, Pacôme Adjourouvi, à Paris officialisée, certains activistes et influenceurs proches du mouvement M66 se sont lancés dans une vaste campagne de spéculations sur les réseaux sociaux. Selon ce récit largement relayé en ligne, le déplacement du ministre aurait eu pour objectif principal d’obtenir des mesures contre certains opposants togolais installés en France. Une lecture des faits que plusieurs sources gouvernementales qualifient d’« absurde » au regard des véritables enjeux de cette mission.
Car derrière cette rencontre entre Pacôme Adjourouvi et le ministre français de la Justice Gérald Darmanin se trouvent des préoccupations bien plus importantes : la coopération judiciaire internationale, la lutte contre le terrorisme, le partage d’informations stratégiques, la formation des magistrats togolais et la modernisation du système judiciaire.
Le contexte régional donne d’ailleurs tout son sens à ces échanges. Depuis plusieurs années, le Togo fait face à la menace des groupes armés terroristes qui sévissent dans la région sahélienne. Les attaques enregistrées dans l’extrême nord du pays ont poussé les autorités à renforcer leurs partenariats sécuritaires avec plusieurs pays alliés, dont la France. La coopération entre Lomé et Paris porte désormais sur des questions essentielles liées au renseignement, à la sécurité et à la lutte contre les réseaux criminels transfrontaliers.
Dans l’entourage gouvernemental, l’on s’étonne de voir certains internautes réduire une rencontre diplomatique de ce niveau à une prétendue opération contre quelques activistes vivant à l’étranger. « Faut-il croire qu’un État mobiliserait ses ministres sur des questions secondaires alors que la sous-région fait face à une menace terroriste grandissante ? », s’interroge une source proche du dossier. Pour plusieurs responsables, le simple bon sens suffit à démonter les théories relayées en ligne.
Le caractère public de la rencontre constitue également, selon certains observateurs, un élément qui décrédibilise les accusations avancées sur les réseaux sociaux. Si des démarches sensibles ou discrètes devaient être engagées, elles ne feraient certainement pas l’objet de communications officielles, de photos protocolaires et d’annonces publiques entre deux gouvernements.
Pour de nombreux analystes, cette polémique illustre surtout la tendance de certains milieux activistes à transformer chaque événement diplomatique en affaire politique destinée à alimenter les tensions et entretenir un climat de suspicion. À force de vouloir créer le buzz, des sujets majeurs comme la sécurité nationale et la lutte contre le terrorisme finissent relégués au second plan.
Au final, la visite de Pacôme Adjourouvi à Paris marque surtout une nouvelle étape dans le renforcement de la coopération entre le Togo et la France. Dans un environnement régional instable, Lomé entend poursuivre la modernisation de son appareil judiciaire et renforcer ses capacités de réponse face aux menaces sécuritaires. Une priorité bien éloignée des récits sensationnalistes entretenus sur les réseaux sociaux.
Albert A.
Gabriel BLIVI
Directeur général de La Nouvelle République
Journaliste de formation, il s’intéresse particulièrement à l’actualité politique, économique et sociale, ainsi qu’aux enjeux de gouvernance, de développement et de changement climatique au Togo et en Afrique.
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