(La Nouvelle République)-Le projet de Réseau d’assainissement par intercepteurs pour la non-inondation de nos espaces (RAINE) entre dans sa phase opérationnelle avec la descente du micro-tunnelier Mawuse dans un puits d’environ 16 à 17 mètres de profondeur.
La cérémonie s’est déroulée le vendredi 9 octobre 2026 à Lomé, en présence de Kodjo Adedze, ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat et du ministre délégué chargé de l’Eau et de l’Assainissement, Séna Alipui. Pour le gouvernement, cette opération marque le début effectif du creusement des canalisations souterraines destinées à améliorer l’évacuation des eaux pluviales dans le Grand Lomé.
L’événement marque un passage concret entre la préparation du chantier et l’exécution des travaux de creusement. « Pour le gouvernement aujourd’hui, c’est un jour historique », a déclaré Séna Alipui, soulignant que le projet doit contribuer à apporter une réponse aux inondations qui affectent régulièrement plusieurs quartiers de la capitale.
Selon le ministre, la mise en place du micro-tunnelier traduit le démarrage effectif des travaux sur le terrain. L’objectif est de réduire les conséquences des fortes pluies sur les populations, les activités économiques et la circulation urbaine. Il reste toutefois prudent sur les résultats attendus. Interrogé sur la possibilité d’en finir définitivement avec les inondations, il a estimé qu’il était encore trop tôt pour l’affirmer, tout en considérant que les ouvrages engagés devraient contribuer à atténuer le phénomène.

Un chantier souterrain de grande ampleur
Lancé en 2025, le projet RAINE prévoit la réalisation d’un réseau de grandes canalisations souterraines d’environ 7,5 kilomètres. Celui-ci doit collecter les eaux de pluie et les acheminer vers la vallée du Zio. À terme, les aménagements sont destinés à protéger près de 230 000 habitants sur une superficie estimée à 1 600 hectares, notamment dans les secteurs de Bè Kpota, Hédzranawoé, Tokoin Aviation et aux abords de l’Assemblée nationale.
Baptisé Mawuse, expression éwé signifiant « Dieu a écouté », le micro-tunnelier est conçu pour avancer sous la ville en installant progressivement les éléments de canalisation. Cette méthode permet de réaliser les travaux sans ouvrir de longues tranchées en surface, limitant ainsi les perturbations pour les riverains et les usagers des voies concernées.
Séna Alipui a également mis en avant les capacités techniques du matériel mobilisé. Il a évoqué un équipement pesant, selon ses indications, environ 70 tonnes pour les deux éléments combinés, et une profondeur de descente supérieure à 16 mètres. Les entreprises PFO Construction Togo et Bessac sont chargées de l’exécution des travaux.
Le chantier doit s’étendre sur une période de 33 mois. Le ministre a indiqué qu’un deuxième micro-tunnelier était déjà arrivé et que d’autres puits d’accès étaient en cours de creusement. L’objectif affiché est de maintenir le rythme des travaux tout en respectant les délais et les exigences techniques.

Des mesures préventives en complément
En attendant les effets du réseau souterrain, les autorités annoncent des mesures destinées à mieux gérer les eaux dans les bassins de rétention existants. Le ministre a notamment fait état d’opérations de pompage préventif engagées après les épisodes d’inondation des 28 et 29 mars, puis des 28 et 29 juin 2026.
Cette stratégie consiste à abaisser le niveau d’eau dans les bassins avant les prochaines fortes précipitations, plutôt que d’attendre qu’ils atteignent leur capacité maximale. Selon Séna Alipui, cette démarche doit permettre de mieux gérer les épisodes pluvieux intenses et de concentrer les interventions sur les rues et les quartiers exposés.
Le gouvernement entend ainsi combiner les infrastructures de drainage en cours de réalisation avec une gestion préventive des ouvrages existants. La performance du dispositif dépendra notamment de l’avancement des travaux, de leur bonne exécution et de la capacité des aménagements à évacuer les volumes d’eau lors des épisodes pluvieux.
La fabrication locale mise à contribution
Le projet comporte également une dimension industrielle. Les tuyaux en béton bas carbone utilisés pour le réseau sont fabriqués au Togo, dans une usine située à Adétikopé, inaugurée en juin 2026, selon le communiqué de PFO Africa. Cette production locale doit contribuer à limiter les importations de matériaux et à réduire l’empreinte environnementale du chantier.
D’après le directeur de projet de PFO Construction Togo, Khoubaieb Amari, les travaux mobilisent 210 emplois directs. Le chantier associe ainsi des objectifs d’assainissement urbain, de création d’emplois et de recours à des matériaux produits localement.
Au terme des 33 mois annoncés, le réseau RAINE devra démontrer sa capacité à améliorer durablement l’évacuation des eaux pluviales dans les secteurs ciblés. Pour les habitants concernés, l’enjeu est de réduire la fréquence et l’ampleur des inondations qui perturbent les déplacements, fragilisent les activités économiques et affectent les conditions de vie pendant les saisons pluvieuses.
Gabriel BLIVI
