(La Nouvelle République)- Une décennie après les violences sociopolitiques qui ont marqué le pays, les actions engagées par le Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN) continuent de produire des effets concrets dans la vie des victimes. Les récits recueillis sur le terrain montrent comment les mesures de réparation ont contribué à la reconstruction sociale et économique de nombreux bénéficiaires.
À Timbou, dans la préfecture de Cinkassé, Horso Mahadou, ancien militaire, raconte un long cheminement marqué par des difficultés psychologiques et sociales. L’indemnisation reçue lui a permis de retrouver une certaine stabilité et de renouer avec une vie familiale apaisée. « Aujourd’hui, j’ai le cœur apaisé et je vis heureux ici avec ma famille. Un grand merci au HCRRUN et à sa présidente, une femme de cœur », confie-t-il avec émotion.
Dans une autre localité, à Lotokpo, Diark Faitonguè évoque les conséquences des violences sur ses activités agricoles. Privé de moyens de production, il explique comment l’appui reçu a servi à relancer son exploitation et à répondre aux besoins essentiels de sa famille. « J’ai acheté une paire de bœufs pour le labour de mes champs. Le reste de l’argent a servi à payer la scolarité de mes enfants et à m’offrir un moyen de déplacement. Je suis l’homme le plus heureux du monde. Aujourd’hui, on peut aussi me compter parmi les humains, grâce au HCRRUN », déclare-t-il.
À Dapaong, dans le quartier de Napiènguè, Martine Tchankoumè, veuve de 63 ans, revient sur une épreuve vécue dès son enfance avec la perte de son père. Longtemps restée dans l’oubli, elle a pu engager des démarches importantes grâce à l’aide reçue. « J’avais 7 ans à peine, quand mon papa a trouvé la mort dans des conditions que j’ignore encore. Je ne savais même pas qu’un jour on se souviendrait de moi », explique-t-elle, avant de préciser, avoir utilisé une partie de la réparation pour acquérir un terrain et l’autre pour régler des questions liées au domicile familial et à sa santé.
Toujours à Dapaong, Walija Gadjiman, 25 ans, tisserande, fait partie des bénéficiaires accompagnés dans le cadre des événements de 2005. Grâce à l’appui du HCRRUN, elle a suivi une formation professionnelle complète avant de s’installer à son propre compte. « Le HCRRUN est comme mon père et ma mère. C’est l’institution qui m’a apprise le tissage. Après trois ans de formation et mon diplôme en main, elle m’a aidée à m’installer ici dans mon atelier. Je tisse des pagnes traditionnels pour ensuite les revendre pour satisfaire mes besoins. J’ai actuellement un apprenti qui m’aide dans ma tâche », confie-t-elle.
Ces témoignages, collectés par nos confrères du quotidien national au cours de leurs reportages, illustrent la diversité des situations prises en compte par le dispositif de réparation.
Au fil des récits, un même constat revient. Les appuis accordés n’ont pas seulement permis de répondre à des besoins matériels immédiats. Ils ont également favorisé une reconnaissance des préjudices subis et une reprise de confiance, essentielle à la reconstruction individuelle et collective.
Le Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale a été institué à la suite des recommandations de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation. Il intervient dans le cadre de la justice transitionnelle afin d’apporter des réponses aux conséquences des violences sociopolitiques survenues entre 1958 et 2005.
Cette action s’inscrit dans la vision du Président du Conseil, Faure Gnassingbé, qui a fait de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale des priorités de l’action publique. À travers les réparations individuelles et collectives mises en œuvre sous la conduite de la Présidente du HCRRUN, Awa Nana-Daboya, l’institution contribue au renforcement de la cohésion sociale et à la consolidation d’une paix durable.
Gabriel BLIVI
