(La Nouvelle République)-Sous une chaleur parfois accablante, parfois interrompue par quelques averses, les arènes de la Kozah ne désemplissent pas. Ni le soleil, ni la pluie ne découragent les milliers de spectateurs venus vivre les EVALA 2026. Les chants traditionnels, portés par les gongs, les flûtes kabyè et les percussions, accompagnent les encouragements des supporters tandis que les jeunes lutteurs captivent l’attention du public sur le terrain de lutte. Reportage.
Vendredi 17 juillet 2026, nous sommes à Lama, l’un des quinze cantons de la préfecture de la Kozah. Il est un peu plus de 10 heures. Sur le terrain de lutte, les empoignades de la grande finale des EVALA s’enchaînent sous les ovations des supporters. Sous les apatames, autorités traditionnelles, autorités administratives, invités et spectateurs suivent avec attention les affrontements. À quelques mètres de là, une dizaine d’élèves membres des Clubs Santé SOS Docteur TV se fondent dans la foule. Leur terrain d’action n’est pas le sable de l’arène, mais les allées empruntées par les festivaliers. Leur mission : aller à la rencontre des jeunes pour les sensibiliser aux risques liés aux grossesses précoces, aux infections sexuellement transmissibles (IST) et aux comportements responsables pendant cette période de festivités.
Aller vers les jeunes
À première vue, rien ne les distingue vraiment des autres jeunes présents sur le site. Ils ont presque le même âge que les festivaliers qu’ils abordent. Une salutation, un sourire et quelques mots suffisent pour engager la conversation. Très vite, les échanges s’installent.
« Bonjour ! Nous sommes des élèves des Clubs Santé SOS Docteur TV. Nous souhaitons échanger quelques minutes avec vous sur la prévention des grossesses précoces et des infections sexuellement transmissibles. »
Cette mobilisation s’inscrit dans le cadre de la campagne nationale « Zéro grossesse et IST dans mon établissement », déployée sur les différents sites des EVALA dans la préfecture de la Kozah. L’objectif est de profiter de l’affluence exceptionnelle des festivités pour rapprocher les messages de prévention des adolescents et des jeunes.
Au fil de leur parcours, les sensibilisateurs s’arrêtent près des espaces de restauration, des points de rafraîchissement et des principales voies de circulation, sensibilisent et répondent aux interrogations des festivaliers et rappellent l’importance d’adopter des comportements responsables.
« Au début, certains pensent que nous venons leur faire la morale. Mais dès que la discussion s’engage, ils comprennent que nous sommes là pour partager des informations qui peuvent leur être utiles. Beaucoup finissent même par nous remercier », confie une élève sensibilisatrice.

Briser les tabous
Près d’un point de rafraîchissement, plusieurs jeunes décident de prolonger les échanges. Les questions se succèdent : comment prévenir une grossesse précoce ? Pourquoi est-il important de se protéger contre les IST ? Où trouver une structure d’écoute ou un centre de prise en charge ? Les élèves prennent le temps de répondre avec pédagogie, privilégiant l’écoute et le dialogue.
« Nous ne sommes pas ici seulement exhiber les bâches. Notre rôle est surtout d’écouter, de conseiller et d’aider les jeunes à faire les bons choix pour leur santé et leur avenir », explique un autre sensibilisateur.
Au fil des discussions, les tabous tombent. Les jeunes n’hésitent plus à évoquer leurs préoccupations ou à demander des précisions sur des sujets qu’ils abordent rarement dans un cadre public. Pour les sensibilisateurs, ces échanges constituent l’une des plus grandes réussites de la campagne.

Une parole entre pairs
L’approche est saluée par les festivaliers. Un parent venu assister à la finale observe les échanges avec satisfaction.« Les EVALA attirent énormément de jeunes. C’est une bonne initiative de profiter de cette fête pour parler de santé et de responsabilité. Les jeunes écoutent plus facilement d’autres jeunes », estime-t-il.
Quelques mètres plus loin, un étudiant ayant effectué le déplacement depuis Lomé partage le même avis. « Quand ce sont des jeunes qui sensibilisent d’autres jeunes, le message passe plus facilement. On se sent plus libre de poser des questions et de parler de sujets qu’on n’aborde pas toujours ailleurs », témoigne-t-il.
Cette proximité constitue l’une des principales forces des Clubs Santé SOS Docteur TV. En parlant le même langage et en partageant les mêmes réalités que les jeunes rencontrés, les élèves instaurent rapidement un climat de confiance favorable au dialogue.

Une prévention de proximité
Pendant que les combats se poursuivent sur le terrain de lutte et que les chants des supporters résonnent sous les apatames, les équipes des Clubs Santé SOS Docteur TV continuent leur tournée. Malgré la chaleur, les averses intermittentes et l’affluence, elles multiplient les échanges avec les festivaliers, convaincues qu’une discussion de quelques minutes peut parfois changer un comportement.
Pour les responsables de l’initiative, les EVALA constituent un cadre privilégié pour mener des actions de sensibilisation auprès des jeunes. « Notre objectif est de faire des jeunes les premiers acteurs de la prévention. Nous voulons qu’ils repartent des EVALA avec de beaux souvenirs, mais aussi avec des informations utiles pour préserver leur santé et celle des autres », souligne un encadreur des Clubs Santé SOS Docteur TV.
Déployée sur l’ensemble des sites de lutte de la préfecture de la Kozah, cette campagne émane de la volonté des Clubs Santé SOS Docteur TV de faire de la prévention une composante à part entière des grands rassemblements populaires. En allant directement au contact des festivaliers, les élèves démontrent que le dialogue entre pairs reste l’un des moyens les plus efficaces pour sensibiliser les adolescents et les jeunes.
Au-delà des EVALA
Lorsque les dernières empoignades prennent fin et que les délégations quittent progressivement le terrain de lutte, les élèves rangent leurs bâches avec le sentiment du devoir accompli. Leur journée s’achève, mais leur engagement, lui, se poursuivra dans les établissements scolaires, les quartiers et les communautés.
Pendant que les jeunes lutteurs auront défendu avec courage les couleurs de leur canton, ces ambassadeurs de la santé auront, eux aussi, livré un combat tout aussi important : celui de l’information, de la prévention et de la protection de leur génération.

Portés par SOS Docteur TV et son promoteur Professeur honoraire Dr Serges Michel KODOM, les Clubs Santé SOS Docteur TV constituent un cadre d’engagement citoyen où les élèves deviennent de véritables acteurs de la promotion de la santé dans leurs établissements et leurs communautés. Structuré autour de sept axes stratégiques, le programme va bien au-delà de la sensibilisation aux grossesses précoces et aux infections sexuellement transmissibles. Il promeut la culture générale en santé publique, la communication par les jeunes, l’organisation d’activités sportives et culturelles, ainsi que la production et la diffusion d’émissions éducatives réalisées par les élèves eux-mêmes.
Les Clubs Santé SOS Docteur TV mettent également l’accent sur le développement personnel, le leadership transformationnel, le mentorat entre pairs, la promotion de la masculinité positive, la santé mentale, la cohésion sociale et la protection de l’environnement.
Gabriel BLIVI
