(La Nouvelle République)-Le monument « Sagesse et Héritage », érigé sur le campus de l’Université de Lomé, suscite de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, notamment Facebook et TikTok. Entre moqueries, interrogations sur sa symbolique et critiques esthétiques, l’œuvre fait débat. Face à cette controverse, son concepteur, Abalo Martin Kamina, ingénieur de formation des Beaux-Arts et Métiers, explique ses choix et annonce un coût total de 90,1 millions de FCFA.
La tête de lion placée à la base du monument concentre une partie des critiques. Certains internautes la jugent effrayante, tandis que d’autres ironisent sur l’apparence des personnages dorés qui soutiennent un livre ouvert au sommet de l’ouvrage. Plusieurs commentaires s’interrogent également sur la signification de l’ensemble et sur les ressources mobilisées pour sa réalisation.
Face à ces réactions, Abalo Martin Kamina défend notamment le choix du lion. Selon lui, cet animal symbolise la force dissuasive du pays. Il rappelle que le lion figure également sur les armoiries du Togo, estimant que ce symbole ne devrait pas être jugé uniquement à travers l’impression de peur qu’il peut susciter.
« Un artiste ne fait pas une œuvre pour plaire. Il fait une œuvre pour guérir la conscience », explique-t-il, présentant ainsi sa création comme une démarche qui dépasse la seule recherche esthétique.

Les symboles de l’œuvre
L’ingénieur détaille les différentes composantes de l’œuvre. Le livre ouvert constitue la première partie, tandis que les sept personnages — trois filles et quatre garçons — représentent le groupe des étudiants. Le socle symbolise, selon lui, le patrimoine national. Deux gardes sont également disposés de part et d’autre de la tête du lion, qui incarne la force dissuasive du pays.
Les quatre mains visibles autour de la structure ont, quant à elles, une fonction particulière : elles contribuent à projeter la lumière sur le monument pendant la nuit. La partie arrière comporte des étudiants assis sur un reposoir, un ajout qui, explique-t-il, ne figurait pas dans la conception initiale.
Ces éléments s’inscrivent dans le thème « Sagesse et Héritage », que l’auteur associe à la transmission des connaissances et à la capacité de les transformer en quelque chose d’utile. Il compare les savoirs acquis à l’université aux ingrédients d’une cuisine : leur acquisition ne suffit pas, encore faut-il savoir les transformer pour en tirer un résultat concret.
Un coût de 90,1 millions
Sur la question financière, Abalo Martin Kamina affirme que le monument a été entièrement financé par l’Institut Bon Samaritain, sa propre structure. Il évalue le coût final à 90,1 millions de FCFA, contre une estimation initiale de 63 millions de FCFA. Selon ses explications, cette hausse s’explique par une sous-estimation du budget au départ et par les dépenses constatées une fois les travaux engagés.
L’ingénieur présente le rôle de l’Université de Lomé comme un soutien essentiellement moral. Il insiste sur l’importance de l’accompagnement institutionnel pour un artiste, estimant que la motivation et la confiance accordées à un projet comptent autant que les contributions financières ou matérielles.
Entre art et critiques
La controverse autour de « Sagesse et Héritage » met en évidence le décalage entre l’intention revendiquée par son concepteur et la perception d’une partie des internautes. Alors que certains commentaires se concentrent sur l’apparence du monument, son auteur invite à considérer les symboles et le message qu’il entend transmettre.
Les réactions recueillies sur les réseaux sociaux témoignent d’un débat autour de l’esthétique de l’œuvre, de sa signification et de son coût annoncé. Elles ne permettent cependant pas, à elles seules, de mesurer l’opinion de l’ensemble des étudiants ou de la population.
Au-delà des critiques et des justifications de l’ingénieur, les questions relatives à la réception publique du monument et à la transparence des dépenses annoncées restent au cœur des discussions.
Gabriel BLIVI
