(La Nouvelle République)-Sur les marchés, dans les taxis ou les petites boutiques du Togo surtout à Lomé la capitale, la scène est devenue ordinaire. Un billet un peu déchiré, une pièce légèrement limée, et le vendeur secoue la tête : « Je ne prends pas ça ! ». Le client insiste, parfois proteste, mais rien n’y fait. Ce geste banal rythme désormais le quotidien des échanges, au point d’en devenir un réflexe collectif.
Pour beaucoup, ce refus relève de la prudence. Les commerçants craignent que les banques ou d’autres vendeurs n’acceptent pas à leur tour ces coupures. D’autres ignorent que la BCEAO remplace gratuitement les billets abîmés. Eu égard au contexte économique tendu, chacun veut éviter la moindre perte, quitte à refuser une monnaie pourtant légale.
Ce comportement, répété à grande échelle, n’est pas sans effet. Il complique les transactions, crée des tensions entre vendeurs et clients, et ralentit le petit commerce. Dans une économie largement informelle, où chaque franc circule de main en main, la méfiance envers la monnaie abîmée agit comme un grain de sable dans la machine économique.
Pourtant, une solution existe et reste l’information. La BCEAO et les autorités locales gagneraient à sensibiliser davantage la population sur la validité des billets et pièces usées. Car au-delà du papier froissé ou du métal terni, c’est la confiance dans la monnaie qui doit être restaurée. Sans elle, c’est toute la fluidité des échanges qui s’effrite.
Gabriel BLIVI
