(La Nouvelle République)-Depuis plusieurs semaines, une frange radicalisée de la diaspora togolaise semble avoir fait de la surenchère et du sensationnalisme son principal mode d’expression politique. À défaut de pouvoir imposer un véritable rapport de force sur le terrain national, certains activistes notamment du M66 ont choisi d’entretenir un climat permanent de peur, de suspicion et de dramatisation autour du régime de Faure Gnassingbé.
La dernière illustration de cette stratégie de victimisation concerne les accusations relayées contre les autorités togolaises, accusées sans la moindre preuve crédible d’avoir envoyé des mercenaires pour éliminer les activistes à l’étranger. Une thèse grave, spectaculaire, mais surtout extrêmement commode pour alimenter une rhétorique de persécution destinée à maintenir la mobilisation autour d’eux. Car dans cette mécanique militante, plus la menace paraît grande, plus ces activistes tentent de se donner une stature politique et médiatique.
Le plus frappant reste toutefois la manière dont certains ont interprété la récente visite du ministre togolais de la Justice, Pacôme Adjourouvi, en France. Alors que cette rencontre relevait manifestement d’échanges institutionnels et de coopération sécuritaire entre États, des voix de la diaspora y ont immédiatement vu une prétendue tentative de négociation secrète pour leur extradition. Une lecture excessivement politisée, fondée davantage sur des fantasmes que sur des faits établis.
En d’autres termes une partie de cette opposition extérieure semble enfermée dans une logique paranoïaque où chaque déplacement diplomatique, chaque rencontre bilatérale ou chaque initiative sécuritaire devient automatiquement une menace dirigée contre elle. À force de vivre dans l’obsession du pouvoir qu’elle combat, elle finit par voir partout la main de Lomé, y compris là où il n’existe aucune preuve tangible.
Par ailleurs, la contradiction fondamentale est que nombre de ces activistes ont passé des mois à appeler ouvertement à l’insurrection, à la désobéissance civile, voire à la déstabilisation des institutions togolaises depuis le confort de leurs pays d’accueil. Certains ont multiplié les discours incendiaires, les appels à la confrontation et les campagnes de discrédit systématique contre leur propre pays. Pourtant, aujourd’hui, les mêmes veulent apparaître comme des victimes traquées à l’échelle internationale.
Cette stratégie de dramatisation permanente finit d’ailleurs par desservir leur propre crédibilité. Car à force d’annoncer des complots, des assassinats imminents ou des opérations clandestines sans jamais produire d’éléments vérifiables, ces activistes alimentent davantage la confusion qu’ils ne servent la vérité. L’opinion publique, y compris au sein de la diaspora, commence progressivement à distinguer les critiques politiques légitimes des récits construits sur l’émotion, l’exagération et parfois la pure spéculation.
Pendant ce temps, le pouvoir togolais, confronté à des enjeux bien plus concrets — sécurité régionale, menace terroriste au nord du pays, défis économiques et stabilité institutionnelle — semble avoir d’autres priorités que de poursuivre des influenceurs politiques dispersés à travers l’Europe et les USA.
Au fond, cette agitation révèle surtout les limites d’une opposition de diaspora qui, faute d’ancrage réel sur le terrain national, tente de survivre politiquement par le bruit médiatique, les théories alarmistes et la fabrication d’un ennemi omniprésent. Mais à force de crier au complot partout, on finit souvent par perdre toute capacité à convaincre.
Gabriel BLIVI
