(La Nouvelle République)- Ils prétendent incarner la conscience éveillée de la diaspora, engagée contre le pouvoir en place au Togo. Depuis leurs claviers bien à l’abri sous d’autres cieux, ces blogueurs s’érigent en porte-voix du peuple togolais. Pourtant, derrière les grandes proclamations et les vidéos à sensation, se dessine un tableau pathétique fait d’amateurisme, d’incohérences stratégiques, et parfois même, de soupçons de duplicité.
Ils sont nombreux à dénoncer, à s’indigner, à « exposer » les dérives du régime. Mais très peu prennent la peine d’élaborer une pensée politique solide, une ligne d’action claire, un projet cohérent. Tantôt enflammés, tantôt dans la retenue, souvent contradictoires dans leurs discours, ces soi-disant résistants digitaux donnent surtout le spectacle d’un cirque numérique où chacun joue sa partition au gré de son humeur ou de ses intérêts du moment.
Ce qui frappe chez ces blogueurs blagueurs, c’est leur incapacité à s’accorder sur des questions élémentaires de stratégie et de communication. L’un prône la mobilisation de la rue, pendant que l’autre mise sur l’infiltration des institutions. Un troisième, arrive sur la scène, traite tous l’autres de traître ou de vendu. Le chaos est total. L’égo règne. Et la cause qu’ils prétendent défendre s’efface dans la cacophonie.
Pis, certains d’entre eux laissent entendre qu’ils pourraient bien se laisser acheter. L’idée circule, insidieuse, que le pouvoir n’aurait qu’à tendre un chèque pour transformer les plus bruyants en chantres de la stabilité. Le soupçon est là, tenace. Et il mine ce qui pouvait encore rester de crédibilité à ce courant dit de la « diaspora engagée ».
Pendant ce temps, les populations qui les écoutent, qui les suivent, qui espèrent, se font embarquer dans des aventures sans queue ni tête. À force de croire en ces influenceurs improvisés, elles risquent de n’avoir que leurs yeux pour pleurer. Car au bout du compte, ceux qui blaguent ne sont pas ceux qui subissent. Les premiers changent de pseudo ou de plateforme ; les seconds restent dans la réalité, avec leurs désillusions et leurs blessures.
L’activisme politique ne s’improvise pas. Il exige rigueur, cohérence, éthique. Il ne suffit pas de savoir manier l’indignation ou multiplier les directs pour être un acteur de changement. Tant que ces blogueurs n’auront pas compris cela, ils continueront de distraire la galerie, pendant que le pouvoir, lui, avance tranquillement.
Gabriel BLIVI
