(La Nouvelle République)-Depuis la publication de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO sur la Cinquième République, une partie de l’opposition togolaise s’est empressée d’y voir le prélude à un bouleversement institutionnel. Les déclarations triomphalistes ont laissé croire que la Cour avait invalidé la Constitution ou ordonné la fin des nouvelles institutions. Or, une lecture objective de la décision conduit à une tout autre conclusion.
La Cour a certes porté un regard critique sur la réforme constitutionnelle et rappelé les engagements démocratiques du Togo. Mais elle n’a ni suspendu la Constitution, ni dissous les institutions, ni ordonné un retour à l’ancien ordre constitutionnel. Le cadre juridique actuel demeure donc en vigueur.
En présentant cet arrêt comme une victoire politique immédiate, certains responsables de l’opposition entretiennent des attentes que la décision ne justifie pas. Une stratégie de communication qui peut séduire à court terme, mais qui risque surtout d’alimenter une nouvelle désillusion.
Cette posture n’est pas nouvelle. Depuis des années, l’opposition semble attendre des médiations ou des juridictions internationales ce que seule une stratégie politique solide peut produire. Les décisions de justice peuvent conforter un argument ; elles ne remplacent ni un projet crédible, ni une majorité, ni le rapport de force politique.
L’arrêt de la CEDEAO est une décision plus ou moins importante, mais il ne change pas, à lui seul, la réalité institutionnelle du Togo. Tant que l’opposition continuera de confondre décision judiciaire et victoire politique, elle donnera le sentiment de miser davantage sur les vents venus d’ailleurs que sur la construction d’une véritable alternative. En somme, elle continuera de s’accrocher au vent.
Gabriel BLIVI
