(La Nouvelle République)-Depuis près de trois décennies, l’opposition traditionnelle togolaise se prévaut d’être le porte-voix exclusif du changement politique dans notre pays. Mais aujourd’hui, ce monopole contesté semble lui échapper sous les coups de boutoir d’une nouvelle génération d’activistes, notamment issus de la diaspora, qui investissent la lutte.
Face à cette montée en puissance d’acteurs plus frais, plus audacieux, et souvent plus crédibles aux yeux d’une jeunesse impatiente, l’opposition historique paraît désemparée. Plutôt que d’embrasser ce souffle nouveau, elle tente maladroitement de réaffirmer sa suprématie en s’immisçant dans des mouvements où elle est clairement perçue comme indésirable.
L’annonce récente d’initiatives telles que la désobéissance civile, portée par ces figures qui, pendant trente ans, ont essentiellement navigué dans l’inefficacité et le statu quo, sent le reflux d’une stratégie éculée et d’un dernier sursaut pour ne pas céder la place. Cette tentative, qui se veut un pied de nez à la montée des activistes de la diaspora, confine à la caricature : c’est le joueur usé qui s’accroche encore à son fauteuil, redoutant de laisser la scène à des acteurs qu’il a lui-même souvent méprisés ou ignorés.
Mais la réalité est implacable. Cette opposition, qui a galvaudé ses chances de changer véritablement les choses, ne peut plus prétendre à une posture hégémonique. La lutte pour le changement ne saurait être une chasse gardée, surtout quand les anciennes méthodes ont montré leurs limites, voire leur incapacité à mobiliser les foules.
Le moment est venu d’un vrai renouvellement, d’un dialogue sincère entre toutes les forces qui souhaitent le changement. Et pour cela, il faut accepter que la place ne soit plus exclusivement tenue par ceux qui ont fait de l’immobilisme leur fonds de commerce.
L’opposition traditionnelle doit comprendre que s’inviter là où elle n’est plus désirée ne fait que renforcer le clivage et affaiblir la cause qu’elle prétend défendre. La vraie force, c’est l’unité dans la diversité, la complémentarité des approches et la capacité à écouter une jeunesse en quête de nouvelles voies.
Sinon, elle risque de rester à la marge d’un combat qu’elle a cru pouvoir monopoliser, alors même que l’histoire lui tourne définitivement le dos.
Gabriel BLIVI
