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(La Nouvelle République) – La suppression des examens du Certificat d’aptitude pédagogique (CAP), décidée par arrêté ministériel du 23 octobre 2026, suscite des interrogations dans le monde enseignant togolais. Pourquoi mettre fin à un dispositif vieux de près de 50 ans ? Quelles conséquences pour les enseignants déjà en fonction ? Dans un entretien accordé à la Télévision Togolaise (TVT), Donudénu AKPAWU, secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale, revient sur les motivations de cette réforme et les nouvelles exigences de formation. Voici les principaux échanges, réorganisés pour la lecture.
TVT : Monsieur le Secrétaire général, un arrêté supprime les examens du Certificat d’aptitude pédagogique. Concrètement, qu’est-ce qui change ?
Donudénu AKPAWU : Tout commence par l’ordonnance du 6 mai 1975 portant réforme de l’enseignement au Togo, qui a démocratisé l’école. Cette réforme a entraîné une augmentation importante du nombre d’élèves.
À cette époque, les établissements de formation, notamment l’École normale du Togo et l’École normale supérieure, formaient à peine 200 à 300 enseignants pour le primaire et le secondaire. Les écoles normales ouvertes à partir de 1984 ne formaient, quant à elles, que 225 enseignants par an.
Pour répondre aux besoins en personnel enseignant, il avait été décidé de permettre aux titulaires du BEPC d’accéder à la profession à travers deux examens professionnels : le Certificat élémentaire d’aptitude pédagogique (CEAP), puis le Certificat d’aptitude pédagogique (CAP).
L’arrêté du 12 avril 1978 avait institué ce dispositif afin de disposer d’un nombre suffisant d’enseignants pour faire face aux besoins du système éducatif.
Mais depuis, des réformes sont intervenues. Nous évoluons désormais dans un environnement africain et international où la politique enseignante exige des qualifications plus élevées.
Pour enseigner au préscolaire et au primaire, il faut désormais disposer du baccalauréat et suivre deux années de formation. Au secondaire, les exigences portent sur le baccalauréat suivi de trois, voire cinq années de formation.
Dans ce contexte, le CAP, tel qu’il avait été conçu initialement, n’avait plus sa raison d’être.
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TVT : Pourquoi supprimer un examen qui existe depuis près de 50 ans ?
Donudénu AKPAWU : Avec l’évolution des standards internationaux, il fallait dépasser le niveau du BEPC et retenir le baccalauréat comme diplôme d’entrée dans les formations.
Aujourd’hui, le Togo dispose de plusieurs structures spécialisées, notamment l’École normale supérieure d’Atakpamé, l’Institut national des sciences de l’éducation de l’Université de Lomé, l’ISPO de l’Université de Kara et les écoles normales de formation des professeurs d’école réparties dans les différentes régions du pays.
Ces établissements forment des enseignants à partir du baccalauréat, en fonction des besoins du système éducatif.
Il faut également souligner une évolution importante : auparavant, ces écoles délivraient des certificats. Désormais, elles délivrent des diplômes, notamment la licence professionnelle d’enseignement et le diplôme de professeur d’école.
Les enseignants issus de ces établissements devaient autrefois obtenir, après leur formation initiale, un certificat professionnel supplémentaire pour être titularisés. Ce fonctionnement a évolué.
La professionnalisation repose maintenant sur des compétences fondamentales que l’enseignant doit maîtriser.
Il y a d’abord le numérique. Aujourd’hui, on ne peut plus enseigner sans maîtriser l’outil informatique. L’enseignant doit pouvoir effectuer des recherches sur Internet, échanger avec ses pairs et utiliser les outils numériques du système éducatif.
Il doit également être capable d’accompagner les élèves dans leurs difficultés d’apprentissage, de travailler avec les familles et de collaborer avec les différents acteurs de l’établissement scolaire.
Au collège et au lycée, les conseillers principaux d’éducation, les équipes de direction et les parents participent également à cet accompagnement.
L’enseignant doit aussi être en mesure de conduire des expériences scientifiques et d’amener les élèves à les réaliser eux-mêmes.
Toutes ces évolutions traduisent un renforcement de la professionnalisation du métier d’enseignant.
TVT : La suppression de cet examen ne risque-t-elle pas d’entraîner une baisse du niveau des enseignants et, par conséquent, de celui des élèves ?
Donudénu AKPAWU : Vous convenez avec moi que c’est avec le BEPC qu’on obtenait le CEAP et le CAP.
Mais si, aujourd’hui, nous recrutons à partir du baccalauréat et assurons deux années de formation dans des écoles normales certifiées, je pense qu’il s’agit plutôt d’une progression dans la professionnalisation de ce métier.
Tout métier s’apprend, y compris le métier d’enseignant.
TVT : Quel message adressez-vous aux enseignants qui s’inquiètent de cette décision ?
Donudénu AKPAWU : Nous reconnaissons tout le travail qu’ils ont accompli.
Il ne faut pas oublier que les enseignants titulaires du CAP ne sont pas arrivés aujourd’hui dans le système éducatif. Certains y exercent depuis cinq ans, dix ans ou quinze ans. Ils ont acquis de l’expérience et ont participé aux examens professionnels.
Ils n’ont donc pas à s’inquiéter. Il s’agit d’un changement.
D’ailleurs, les enseignants qui sortent aujourd’hui des écoles normales ne reçoivent plus les certificats délivrés autrefois.
Ce n’est donc pas uniquement le Certificat d’aptitude pédagogique qui disparaît. Les anciens certificats des établissements de formation ont également été remplacés par des diplômes.
Les curricula ont été renforcés afin que les enseignants disposent de toutes les compétences nécessaires, aussi bien dans la classe qu’en dehors de celle-ci.
L’objectif est de permettre à l’enseignant d’accompagner efficacement les élèves, de les aider à surmonter leurs difficultés pédagogiques et de favoriser leur réussite.
Il ne s’agit pas uniquement de réussir aux examens, mais également d’acquérir des compétences fondamentales dans les domaines des sciences et de la littérature, afin de préparer une relève de qualité pour notre système éducatif.
Source : Télévision Togolaise (TVT)
Transcription et adaptation rédactionnelle : La Nouvelle République
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