(La Nouvelle République)-Les Évala ne sont pas seulement une célébration de la tradition kabyè ; ils constituent aussi un moment de rassemblement populaire qui interpelle sur la préservation de l’environnement. Convaincu que la sauvegarde du patrimoine culturel passe également par celle du cadre de vie, le Centre de Réflexion Elikplim lance l’opération « Évala sans déchets plastiques ». Dans cet entretien, David A. TABINE, Secrétaire général chargé de missions de l’association, revient sur les motivations de cette initiative, son déploiement sur le terrain et les ambitions qu’elle porte pour des Évalas plus propres et plus respectueux de l’environnement.
La Nouvelle République : Pourquoi avoir choisi de lancer l’opération « Évala sans déchets plastiques » à l’occasion des Évala 2026 ?
Davide A. TABINE : Les Évala représentent bien plus qu’une compétition de lutte traditionnelle. Ils constituent un patrimoine culturel vivant, un moment de communion entre les filles et les fils de notre pays, mais aussi une vitrine de la richesse de nos traditions. Chaque année, des milliers de personnes se déplacent pour assister aux festivités. Cette forte affluence entraîne malheureusement une accumulation de déchets plastiques qui dégrade les sites de lutte et nuit à l’image de cet événement emblématique.
Face à ce constat, notre association a estimé qu’il était nécessaire d’agir. Nous sommes convaincus que la promotion de nos valeurs culturelles doit aller de pair avec la protection de notre environnement. L’opération « Évala sans déchets plastiques » est née de cette conviction. Elle traduit notre volonté de sensibiliser les populations et de démontrer qu’il est possible de célébrer nos traditions tout en préservant la propreté de notre cadre de vie.

La Nouvelle République : Comment cette opération sera-t-elle mise en œuvre sur le terrain ?
David A. TABINE : L’opération se déroulera durant toute la période des Évala, du 11 au 17 juillet 2026. Nous avons mobilisé plusieurs équipes de bénévoles qui interviendront sur les différents terrains retenus pour les luttes traditionnelles. Leur mission sera de collecter les bouteilles, sachets et autres déchets plastiques sur les aires de lutte ainsi que dans leurs alentours afin de maintenir les sites propres tout au long des festivités.
Mais nous ne voulons pas nous limiter au nettoyage. Nos bénévoles mèneront également des actions de sensibilisation auprès des spectateurs, des commerçants et des visiteurs. Nous les inviterons à adopter des gestes simples, comme l’utilisation des poubelles installées sur les sites. Notre ambition est de faire comprendre que la propreté des Évala est l’affaire de tous et que chaque citoyen peut contribuer, à son niveau, à la protection de l’environnement.
La Nouvelle République : Au-delà du ramassage des déchets, quel message souhaitez-vous transmettre aux populations ?
David A. TABINE : Le message est simple : la protection de l’environnement est une responsabilité partagée. Nous voulons amener chacun à comprendre que les petits gestes du quotidien ont un impact considérable lorsqu’ils sont adoptés par le plus grand nombre. Déposer une bouteille ou un sachet dans une poubelle est un acte citoyen qui contribue à préserver notre cadre de vie.
Nous souhaitons également rappeler que les Évala sont un patrimoine dont nous sommes tous les gardiens. Les préserver, ce n’est pas seulement maintenir la tradition, c’est aussi veiller à ce que les sites qui les accueillent demeurent propres, accueillants et respectueux de l’environnement.

La Nouvelle République : Selon vous, quel rôle les associations citoyennes doivent-elles jouer lors des grandes manifestations culturelles ?
David A. TABINE : Les associations ont un rôle essentiel à jouer parce qu’elles sont proches des populations et capables de mobiliser rapidement les citoyens autour de causes d’intérêt général. Elles peuvent accompagner les pouvoirs publics en développant des actions de sensibilisation, d’éducation et de volontariat qui produisent des résultats concrets sur le terrain.
Les grandes manifestations culturelles offrent une occasion unique de promouvoir des valeurs telles que le civisme, la solidarité et le respect de l’environnement. Nous pensons que les associations doivent saisir ces opportunités pour encourager les bonnes pratiques et faire évoluer durablement les comportements.
La Nouvelle République : Cette initiative est-elle appelée à se poursuivre après cette première édition ?
David A. TABINE : Absolument. Notre ambition est que cette première édition constitue le point de départ d’un engagement durable. Si les résultats sont à la hauteur de nos attentes, nous souhaitons faire de « Évala sans déchets plastiques » un rendez-vous annuel et élargir progressivement cette initiative à d’autres événements culturels, sportifs et populaires organisés au Togo.
Nous espérons également inspirer d’autres organisations, collectivités et associations à s’engager en faveur de la protection de l’environnement. Les défis environnementaux concernent tout le monde et ne peuvent être relevés que grâce à une mobilisation collective. Si chacun apporte sa contribution, même modeste, nous pourrons construire un environnement plus sain et transmettre aux générations futures un patrimoine culturel préservé dans un cadre propre et durable.
Propos recueillis par Gabriel BLIVI
