(La Nouvelle République)-L’élection de Patrice Talon à la présidence du Sénat béninois constitue bien plus qu’un simple changement de fonction. C’est une nouvelle séquence politique dans un pays où l’ancien chef de l’État, contraint par la limitation constitutionnelle des mandats à quitter la présidence de la République, retrouve aussitôt l’une des plus hautes responsabilités de l’État.
En devenant le premier président du Sénat de l’histoire du Bénin, Patrice Talon quitte certes le fauteuil présidentiel, mais demeure au cœur du dispositif institutionnel. Cette transition nourrit un débat qui dépasse le seul cadre béninois. La fin d’un mandat présidentiel signifie-t-elle nécessairement un retrait du pouvoir, ou simplement une redistribution de son exercice ?
Sur le plan légal, son élection ne prête pas à controverse. Elle s’inscrit dans le cadre des institutions mises en place par la réforme constitutionnelle. Sur le plan démocratique, en revanche, elle relance les discussions sur la notion d’alternance. L’alternance consiste-t-elle uniquement à changer de président de la République ou implique-t-elle également un renouvellement des figures qui occupent les plus hautes sphères de l’État ?
Les partisans de Patrice Talon voient dans cette élection la valorisation de son expérience au service de la jeune institution sénatoriale et de la stabilité de l’État. Ses critiques, quant à eux, y lisent la volonté de conserver une influence politique majeure après la présidence grâce à une fonction stratégique au sein des institutions.
Le cas béninois rappelle que les démocraties modernes ne se résument pas au respect des textes. Elles sont également jugées à l’aune de l’esprit des institutions, de la vitalité de l’alternance et de la capacité à favoriser l’émergence de nouveaux leaderships.
L’élection de Patrice Talon à la tête du Sénat ouvre ainsi un débat de fond sur l’évolution de la démocratie béninoise. Une chose est certaine. S’il est désormais loin du fauteuil présidentiel, l’ancien chef de l’État reste plus que jamais près du pouvoir.
Gabriel BLIVI
