(La Nouvelle République)-Il est des hommes que l’histoire convoque à des moments charnières. Des moments où la parole ne suffit plus, où le courage diplomatique devient l’unique rempart contre l’embrasement. Aujourd’hui, le président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, répond présent à l’appel de la paix dans les Grands Lacs. En sa qualité de médiateur désigné par l’Union africaine dans la crise opposant la République démocratique du Congo au Rwanda, il s’avance avec humilité, mais détermination. Et c’est de Lomé, capitale discrète mais résolue, que pourrait jaillir une lueur d’apaisement.
À son invitation, une réunion du Panel des Facilitateurs s’est tenue le samedi 17 mai dernier à Lomé. L’objectif était clair : donner un coup d’accélérateur aux négociations en vue d’un retour rapide de la paix dans la région des Grands Lacs. Cette rencontre stratégique, tenue à huis clos mais chargée d’espoir, marque un tournant dans les efforts de médiation continentale.
Depuis plusieurs mois, les tensions s’intensifient entre Kinshasa et Kigali, sur fond d’accusations mutuelles, de confrontations militaires et de souffrances civiles inacceptables. Le tissu fragile de la stabilité régionale menace de se déchirer à nouveau, plongeant des millions d’êtres humains dans l’incertitude et la peur. Face à cette menace, le silence ou l’indifférence ne sont pas des options. Il fallait un médiateur accepté, écouté, respecté. Le choix porté sur Faure Gnassingbé n’est pas fortuit.
L’homme a su, au fil des années, cultiver un profil d’artisan du dialogue, de diplomate patient et de bâtisseur de consensus. À Lomé, à Kigali, à Kinshasa comme à Addis-Abeba, son engagement en faveur d’une Afrique de stabilité, de développement et d’intégration ne fait pas de doute. Son expérience dans les cercles diplomatiques africains, son approche pragmatique et son style feutré mais ferme sont aujourd’hui des atouts majeurs dans une crise où les susceptibilités sont à fleur de peau.
Mais au-delà de l’homme, c’est aussi un lieu qui incarne aujourd’hui l’espoir : Lomé. Ville de mémoires, elle a déjà accueilli par le passé des pourparlers décisifs et des accords de paix. Le Togo, terre d’hospitalité et de neutralité, a souvent servi de terre d’accueil aux dialogues les plus complexes. Il n’est donc pas anodin que le siège de la médiation africaine s’installe aujourd’hui ici, dans ce Golfe de Guinée où les vents peuvent encore souffler dans le bon sens de l’histoire.
Faure Gnassingbé ne prétend pas imposer la paix. Il propose, ils se met à l’écoute, il tend la main. La réussite de sa mission dépendra aussi de la volonté des parties concernées de faire taire les armes au profit des peuples. Ce n’est pas une médiation miracle, mais une main tendue avec sincérité. Une mission délicate mais cruciale, dans un contexte où la moindre étincelle peut embraser une région déjà meurtrie par des décennies de conflits.
Ceux qui croient en l’Afrique doivent croire en cette médiation. Car elle incarne un tournant : celui d’un continent qui ne délègue plus sa paix à d’autres, mais qui prend en main ses différends et les traite dans le respect de ses réalités. Si la diplomatie togolaise, sous l’impulsion de Faure Gnassingbé, parvient à créer les conditions d’un dialogue sincère, alors l’Afrique des Grands Lacs pourra, enfin, entrevoir un avenir sans bruits de bottes.
De Lomé viendra la paix, si les volontés s’unissent. Et cette paix ne sera pas seulement un accord entre États. Elle sera la victoire d’un idéal africain, celui de la responsabilité partagée, de la solidarité active et du refus du fatalisme.
Gabriel BLIVI
