(La Nouvelle République)-La consommation de médicaments vendus à la sauvette, communément appelés médicaments de rue, continue de susciter une vive inquiétude au Togo. Présents sur les marchés et aux abords des routes, ces produits sont écoulés sans contrôle pharmaceutique, souvent dans des conditions de conservation inappropriées.
Exposés à la chaleur et à la poussière, parfois falsifiés ou mal dosés, ces médicaments représentent un risque majeur pour la santé. Si leurs effets néfastes sont multiples (intoxications, aggravation des maladies, résistance aux antibiotiques) les spécialistes attirent particulièrement l’attention sur leurs conséquences rénales.
Une hausse préoccupante des insuffisances rénales
Au Centre hospitalier universitaire Sylvanus Olympio de Lomé, les cas d’insuffisance rénale sont en augmentation. Pour le Dr Raphaël Dolaama, néphrologue dans l’établissement, la consommation de médicaments de rue constitue la principale cause de nombreuses affections observées chez les patients.
Selon le spécialiste, ces produits constituent la principale cause des affections rénales enregistrées chez de nombreux patients. L’automédication, l’absence de diagnostic préalable et les surdosages exposent les consommateurs à des lésions irréversibles des reins.
« Ces produits sont vendus par des personnes sans compétence, avec des problèmes de conservation et de qualité. Ils peuvent provoquer des maladies rénales, le diabète, l’hypertension ou encore des infections comme les hépatites », a-t-il alerté, cité par nos confrères de republicoftogo.com.
Ces avertissements sont confirmés par les travaux du Dr Hassan Izzedine. Dans sa revue Néphrotoxicité médicamenteuse, publiée en 2018 par la Société francophone de néphrologie, il explique que les reins sont particulièrement vulnérables aux substances chimiques et aux médicaments, y compris ceux consommés sans prescription ou achetés de façon illégale.
Selon lui, ces produits peuvent provoquer différents types de lésions rénales, telles que la nécrose tubulaire, où les cellules des tubes rénaux meurent, l’inflammation interstitielle, qui irrite le tissu rénal, ou encore des glomérulopathies, atteintes des filtres du rein.
« Ces mécanismes peuvent entraîner une insuffisance rénale aiguë, qui survient rapidement, ou des dommages chroniques, parfois irréversibles », martèle le néphrologue français.
Un fléau alimenté par la précarité
Malgré les opérations régulières de saisie menées par les autorités, le phénomène persiste. Le faible pouvoir d’achat, l’accès parfois limité aux structures de santé et la recherche de solutions rapides poussent de nombreux citoyens vers ces circuits informels.
Pourtant, les conséquences peuvent être dramatiques : intoxications, aggravation des maladies, résistance aux antibiotiques et complications nécessitant des soins lourds et coûteux, comme le soulignent beaucoup de spécialistes..
Une urgence de santé publique
Face à cette situation, les spécialistes plaident pour un renforcement des contrôles, une intensification des campagnes de sensibilisation et une amélioration de l’accès aux médicaments sûrs en pharmacie.
« En cas de maladie, Il faut consulter consulter un professionnel de santé et acheter les médicaments uniquement en pharmacie », recommande fortement Dr Raphaël Dolaama.
Au-delà de la répression, c’est une mobilisation collective qui est appelée à freiner ce commerce illicite. Car derrière chaque comprimé vendu à la sauvette, c’est la santé – et parfois la vie – des patients qui est en jeu.
Gabriel BLIVI
