(La Nouvelle République)-Lorsqu’elle est lancée en 2021 à Adétikopé, à une quinzaine de kilomètres au nord de Lomé, la Plateforme Industrielle d’Adétikopé (PIA) s’impose immédiatement comme l’un des projets économiques les plus structurants du Togo contemporain. Elle s’inscrit directement dans la vision portée par le président Faure Essozimna Gnassingbé, qui fait de l’industrialisation, de la transformation locale des matières premières et du positionnement logistique du Togo un axe central de sa stratégie de développement. Cinq ans plus tard, la PIA devient l’une des traductions les plus concrètes de cette orientation.
Étalée sur environ 400 hectares, la PIA a été conçue comme une zone industrielle intégrée, combinant production, transformation et logistique sur un même site. Ce choix d’organisation vise à réduire les coûts de chaîne de valeur, fluidifier les échanges et améliorer la compétitivité des entreprises installées. Dès l’origine, le projet s’inscrit dans une logique de repositionnement du Togo comme plateforme industrielle et logistique régionale.

Logistique et position stratégique
Au cœur du dispositif, la dimension logistique constitue un levier central. La plateforme dispose d’un parc à conteneurs d’une capacité d’environ 12 500 EVP, ainsi que d’un terminal capable d’accueillir près de 700 poids lourds simultanément. Ces infrastructures permettent de structurer les flux de marchandises et d’organiser efficacement les opérations d’import-export.
Cette organisation renforce le rôle du Togo comme corridor logistique vers l’hinterland sahélien. La PIA s’inscrit ainsi dans une dynamique régionale reliant le port autonome de Lomé aux pays enclavés tels que le Burkina Faso, le Niger et le Mali. Elle agit progressivement comme un prolongement terrestre du port, contribuant à désengorger certaines opérations et à accélérer les délais de traitement.
Sur le plan industriel, la plateforme a été pensée autour de filières prioritaires : textile, agro-industrie, cosmétique, pharmacie et transformation alimentaire. Le textile occupe une place particulièrement visible, notamment grâce à la transformation locale du coton togolais, l’une des principales productions agricoles du pays. Cette orientation symbolise une volonté de développer des chaînes de valeur intégrées, de la matière première au produit fini.

Emplois, investissements et structuration économique
La promesse sociale du projet constitue un pilier fondamental de sa conception. Les projections initiales évoquaient la création d’environ 35 000 emplois directs et indirects. Cinq ans après son lancement, ce chiffre n’est pas encore pleinement atteint, mais la dynamique d’emplois industriels et logistiques est bien engagée, avec une structuration progressive d’une main-d’œuvre spécialisée autour des activités de la zone.
Le modèle économique repose sur un partenariat public-privé entre l’État togolais et ARISE Integrated Industrial Platforms. Ce montage a permis de mobiliser un investissement initial estimé à environ 200 millions d’euros pour la première phase. Il combine financement international, expertise technique et vision stratégique nationale, dans une logique de développement accéléré d’écosystèmes industriels.
Gouvernance et accompagnement
Derrière les résultats enregistrés au cours de ces cinq premières années se trouve également le travail de coordination assuré par l’Autorité de Coordination de la Plateforme Industrielle d’Adétikopé (ACP). Chargée de veiller à la mise en œuvre des orientations stratégiques du projet, l’institution a accompagné les différentes phases de développement de la plateforme, depuis la réalisation des infrastructures jusqu’à l’installation des investisseurs.

Sous la conduite de son Administrateur général, le Lieutenant-Colonel Idiola SANDAH, l’ACP a contribué à structurer un environnement favorable aux activités industrielles et logistiques. L’essor progressif des investissements, l’amélioration des services offerts aux entreprises et la mise en œuvre des programmes sociaux témoignent d’un effort constant de pilotage visant à transformer les ambitions initiales en résultats concrets.
À travers cette dynamique, la plateforme apparaît aujourd’hui comme le produit d’une double démarche , c’est-à-dire une vision stratégique impulsée au sommet de l’État et une exécution opérationnelle assurée par les instances chargées de son développement quotidien.

RSE et ancrage territorial
Au-delà des performances industrielles et logistiques, la PIA développe également une politique structurée de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), orientée vers les communautés locales. Dans le cadre de son Plan de Restauration des Moyens de Subsistance, environ 217 personnes ont bénéficié d’un accompagnement direct.
Ces actions couvrent plusieurs secteurs économiques. En agriculture, des terres ont été mises à disposition, accompagnées de semences et d’engrais, permettant à 32 agriculteurs de bénéficier d’une formation spécifique aux nouvelles pratiques culturales. Dans le secteur de l’élevage et du commerce, 22 éleveurs ont reçu des appuis en bétail ainsi que des formations techniques, tandis que 67 commerçants ont été accompagnés par des dotations en marchandises et un appui en gestion d’activité.
En complément, près de 100 personnes supplémentaires ont été intégrées dans des dispositifs d’amélioration de l’employabilité, visant à faciliter leur insertion dans les chaînes économiques générées par la plateforme. Des actions d’appui ont également été menées en direction d’associations et d’organisations communautaires locales, traduisant une volonté d’ancrage territorial et d’atténuation des impacts sociaux liés à l’implantation du site industriel.
Une transformation progressive du territoire
Sur le terrain, la PIA a profondément transformé le paysage d’Adétikopé. Là où s’étendaient des zones rurales et semi-agricoles, s’impose désormais un complexe industriel structuré, doté d’infrastructures modernes : réseaux d’énergie dédiés, fibre optique, dispositifs de sécurité, centre médical, services de gestion administrative et installations logistiques intégrées.
Cette configuration donne au site les caractéristiques d’une véritable ville industrielle en expansion. Toutefois, cette transformation reste progressive et dépendante de la montée en puissance des investissements privés, de la formation de la main-d’œuvre et de l’intégration complète des chaînes de production.

Consolidation et perspectives
Malgré les avancées enregistrées, les cinq années écoulées confirment une trajectoire de consolidation plutôt qu’une transformation achevée. L’attractivité du site, la diversification industrielle et la montée en capacité des acteurs locaux constituent encore des défis structurants pour atteindre le plein potentiel du projet.
De tout ce qui précède, la PIA apparaît comme un chantier économique en évolution continue. Elle incarne une nouvelle phase de l’industrialisation togolaise, marquée par une approche intégrée combinant industrie, logistique et inclusion territoriale. Entre ambitions initiales et réalités opérationnelles, elle demeure un projet stratégique dont l’impact se mesure autant dans les infrastructures déjà visibles que dans les transformations économiques encore en cours de maturation.
Gabriel BLIVI
