(La Nouvelle République)-Cinq ans après son inauguration, la Plateforme Industrielle d’Adétikopé (PIA) s’est imposée comme l’un des principaux piliers de la stratégie d’industrialisation du Togo. Investissements, création d’emplois, transformation locale des matières premières, attractivité pour les investisseurs et accompagnement des communautés riveraines : les résultats enregistrés témoignent de la montée en puissance de cet écosystème industriel unique en Afrique de l’Ouest. Dans cet entretien, le Lieutenant-Colonel Idiola SANDAH, Administrateur général de l’Autorité de Coordination de la Plateforme Industrielle d’Adétikopé (ACP), revient sur les réalisations des cinq dernières années, les défis relevés et les ambitions de la plateforme à l’horizon 2030.
Cinq ans après son inauguration, quel bilan faites-vous de la Plateforme Industrielle d’Adétikopé (PIA) ?
Lieutenant-Colonel Idiola SANDAH : Cinq ans après son inauguration, le 6 juin 2021, le bilan de la Plateforme Industrielle d’Adétikopé est très positif et satisfaisant sur plusieurs indicateurs clés. La PIA s’est imposée comme un moteur essentiel de la nouvelle dynamique d’industrialisation du Togo.
Sur le plan des investissements, l’écosystème de la zone PIA a enregistré plus de 350 milliards de FCFA d’investissements cumulés entre 2020 et 2025.
L’impact social est tout aussi remarquable. La plateforme a permis la création de plus de 6 580 emplois directs en cinq ans. Ces emplois bénéficient majoritairement aux populations locales, avec plus de 95 % de nationaux. La politique d’inclusion menée sur le site se traduit également par une forte présence des jeunes et des femmes, qui occupent plus de 80 % des postes.
Enfin, la PIA contribue activement à la vitalité économique du pays en attirant 25 entreprises partenaires, dont 12 déjà opérationnelles et 13 autres en cours d’installation. Ces unités participent de manière significative aux recettes fiscales et douanières du pays.
Quelles sont les réalisations qui peuvent illustrer les progrès accomplis durant ces cinq années ?
Lieutenant-Colonel Idiola SANDAH : Les réalisations enregistrées au cours de ces cinq années traduisent le dynamisme de la Plateforme Industrielle d’Adétikopé et son rôle croissant dans l’économie nationale.
L’une des avancées les plus significatives est sans aucun doute la mise en service du Port Sec Franc d’Adétikopé. Cette infrastructure joue aujourd’hui un rôle stratégique dans la chaîne logistique nationale et régionale. Conçu pour traiter les marchandises en transit à destination des pays de l’hinterland, le port sec contribue à décongestionner le Port autonome de Lomé et à améliorer sa performance globale. Les résultats sont aujourd’hui palpables et témoignent de la complémentarité entre les deux infrastructures.
Au-delà de cette fonction logistique, le port sec permet également aux entreprises installées sur la plateforme de disposer d’un dispositif efficace pour leurs opérations d’importation et d’exportation, renforçant ainsi leur compétitivité.
Une autre réalisation majeure réside dans la diversification du tissu industriel développé au sein de la PIA. Aujourd’hui, près d’une vingtaine d’investisseurs sont installés sur la plateforme, dont douze déjà opérationnels. Leurs activités couvrent huit secteurs industriels stratégiques.
Le secteur textile figure parmi les plus représentés, avec notamment l’arrivée de STAR GARMENTS, dont l’installation marque une étape importante dans l’ambition du Togo de développer une chaîne de valeur textile intégrée.
La plateforme accueille également plusieurs unités de transformation agroalimentaire, notamment dans les filières soja, karité et cajou, contribuant ainsi à la valorisation locale des matières premières agricoles.
Le secteur pharmaceutique connaît lui aussi un développement remarquable grâce à FHC Medica, dont les produits sont déjà distribués sur le marché togolais et exportés vers plusieurs pays de la sous-région, notamment le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Bénin.
La PIA abrite par ailleurs des unités spécialisées dans la fabrication de matériaux de construction en aluminium, la production de vaisselle en mélamine, la confection de chaussures ainsi que d’autres activités industrielles qui renforcent progressivement la diversification de l’économie nationale.
Ces différentes avancées démontrent que la PIA est devenue, en seulement cinq ans, un véritable moteur de croissance industrielle. Elle contribue à la transformation structurelle de l’économie togolaise tout en renforçant l’attractivité du pays auprès des investisseurs nationaux et internationaux.
Quel impact la PIA a-t-elle eu sur l’emploi, l’industrialisation et la transformation locale des matières premières au Togo ?
Lieutenant-Colonel Idiola SANDAH : L’impact de la PIA est multidimensionnel et structurel pour l’économie togolaise. Sur le plan de l’emploi, la plateforme a déjà généré plus de 6 580 emplois directs. Les perspectives sont encore plus ambitieuses, avec un objectif compris entre 15 000 et 20 000 emplois à l’horizon 2030. La PIA entend ainsi consolider sa position parmi les principaux pourvoyeurs d’emplois du pays.
En matière d’industrialisation et de transformation locale, la plateforme joue un rôle central dans la stratégie nationale de valorisation des ressources locales et de substitution aux importations.
Dans les filières soja, karité et cajou, les unités de transformation installées disposent d’une capacité cumulée supérieure à 180 000 tonnes par an. Elles permettent de réduire l’exportation de matières premières brutes au profit d’une transformation locale créatrice de valeur ajoutée.
La filière textile constitue également un axe stratégique. Avec STAR GARMENTS et les futures unités de filature et de confection prévues dans le cadre de la phase 2, l’objectif est de transformer localement le coton togolais et de bâtir une chaîne de valeur intégrée allant du champ jusqu’au produit fini destiné à l’exportation.
Au-delà de sa vocation industrielle et économique, comment la PIA accompagne-t-elle les communautés locales impactées par le projet ?
Lieutenant-Colonel Idiola SANDAH : La dimension sociale constitue un pilier important du projet PIA. Il est important de rappeler que le développement de la plateforme ne se limite pas à l’accueil des investisseurs, à la création d’emplois ou à la transformation industrielle. La PIA est implantée sur un espace qui était auparavant occupé par des populations et des communautés locales, dont les réalités et les besoins sont pleinement pris en compte dans notre démarche de développement.
Dans le cadre de sa politique de responsabilité sociétale, la PIA accompagne les populations impactées à travers plusieurs initiatives visant à améliorer durablement leurs conditions de vie.
En matière d’emploi, les communautés directement concernées par le projet bénéficient d’une attention particulière. Elles figurent parmi les premières cibles des programmes de recrutement et d’insertion professionnelle développés sur la plateforme.
Par ailleurs, la PIA soutient les activités économiques locales en favorisant la mise en place d’activités génératrices de revenus au profit des populations impactées. L’objectif est de leur offrir de nouvelles opportunités économiques et de renforcer leur autonomie.
L’action sociale de la plateforme s’étend également aux infrastructures communautaires. Des interventions sont menées dans les établissements scolaires des localités riveraines afin d’améliorer les conditions d’apprentissage des élèves. D’autres initiatives visent à renforcer l’accès aux services essentiels et à améliorer le cadre de vie des populations.
Pour les années à venir, la PIA entend renforcer davantage cet engagement à travers de nouveaux projets, notamment l’aménagement de routes, l’amélioration de l’accès à l’éducation et la mise en œuvre d’actions destinées à accompagner le développement des communautés riveraines et des populations directement impactées par le projet.
Quels ont été les principaux défis rencontrés depuis la création de la plateforme et comment les avez-vous surmontés ?
Lieutenant-Colonel Idiola SANDAH : Les principaux défis ont été d’ordre opérationnel, réglementaire et énergétique. Le premier concernait la coordination de plusieurs administrations au sein du Guichet Unique, notamment les services des douanes, de la fiscalité et du travail, tout en assurant la gestion harmonieuse des différents régimes applicables aux investisseurs.
Cette complexité a été surmontée grâce à un dialogue permanent avec les institutions concernées et à une montée en compétence continue des équipes. Cette approche a permis d’offrir aux investisseurs un environnement plus fluide, plus lisible et plus attractif.
Le second défi était énergétique. Pour répondre aux besoins des industries à forte consommation d’énergie, il était indispensable de garantir une alimentation électrique fiable, compétitive et durable.
Pour y répondre, la PIA a fait de l’énergie un pilier stratégique de son développement. La plateforme développe actuellement un projet de centrale solaire et bénéficiera du projet de gazoduc piloté par le Gouvernement. Ces infrastructures permettront d’assurer aux industriels une énergie stable, compétitive et davantage respectueuse de l’environnement.
Quelles sont les ambitions et les priorités de la PIA pour les cinq prochaines années ?
Lieutenant-Colonel Idiola SANDAH : Les cinq prochaines années seront celles de la consolidation et de l’accélération autour de quatre axes stratégiques majeurs.
La première priorité concerne la montée en puissance industrielle à travers la phase 2 de la plateforme. Cette extension accordera une place centrale à l’industrie textile avec l’installation d’unités de filature et de confection. L’objectif est de transformer localement le coton togolais, de renforcer la chaîne de valeur textile et de générer plus de 10 000 nouveaux emplois. De nouveaux secteurs comme la cimenterie, le plastique ou encore le recyclage du coton viendront également enrichir l’écosystème industriel.
La deuxième priorité est la souveraineté énergétique. L’ambition est de faire de la PIA une plateforme industrielle à faible empreinte carbone grâce à la construction d’une centrale solaire et à l’arrivée du gazoduc sur le site de la phase 2. Cet avantage compétitif constituera un atout majeur pour attirer des investisseurs sensibles aux critères environnementaux.
La troisième priorité porte sur le renforcement de l’attractivité internationale de la plateforme. En développant l’une des rares chaînes textiles intégrées de bout en bout en Afrique de l’Ouest, la PIA entend accroître sa visibilité sur les marchés mondiaux. L’objectif est d’atteindre entre 40 et 50 unités industrielles d’ici 2030, contre 25 aujourd’hui.
Enfin, la gouvernance continuera d’être renforcée afin d’améliorer constamment l’environnement des affaires. Les efforts porteront notamment sur le développement du Guichet Unique, la réduction des délais administratifs et une meilleure lisibilité du cadre fiscal pour les investisseurs.
Notre ambition est claire : faire de la Plateforme Industrielle d’Adétikopé l’un des hubs industriels les plus performants et les plus attractifs d’Afrique de l’Ouest.
Propos recueillis par Gabriel BLIVI et Gabi MESSAN
